Boulle avait cependant lui même pallié la fragilité de sa marqueterie par l’adjonction de bronzes ciselés et dorés aux endroits les plus exposés de ses meubles : bas reliefs, médaillons, frises inspirés de l’Antiquité, ou mascarons radiés, placés en plein milieu du panneau retiennent la marqueterie ; serrures ou poignées fixées sur de larges plaques protègent le meuble là où il est le plus fréquemment touché ; chutes, équerres, corniches évitent aux arêtes de recevoir des chocs. Les pieds eux mêmes sont souvent revêtus de bronzes protecteurs.
Boulle modelait fréquemment lui même les bronzes dont il parait ses meubles et surveillait leur fabrication. Grand collectionneur, il avait réuni une série de moulages des chefs d’oeuvre de l’Antiquité dont il semble s’être souvent inspiré. Il ne dédaignait pas non plus dessiner les maquettes de ses meubles ; de son vivant il publia chez Manette un recueil de dessins de meubles et de bronzes ; mais cependant il s’inspira le plus souvent des compositions des ornemanistes et tout spécialement de celles de Jean Bérain.
Les meubles sortis de l’atelier de Boulle sont d’une indiscutable richesse ; ils sont très représentatifs de cette époque de faste et de grandeur ; cependant les lignes générales sont toujours clairement décrites et en dépit de leur magnifique parure de bronze, la surcharge est évitée ; mais ce qui a terni à nos yeux les mérites du grand ébéniste, ce sont ses imitateurs. Ses fils continueront son oeuvre et formeront dans leurs ateliers des émules qui en plein XVIIIe siècle fabriqueront encore des meubles genre Boulle. Un Delaître, un Montigny, un Levasseur, en copiant le maître sans apporter aucun renouveau et à une époque où le goût avait évolué, ont plus contribué à sa défaveur qu’à sa gloire.