Tous les meubles n’étaient pas plaqués et marquetés. Le travail du bois massif était encore largement pratiqué, mais dès le début du siècle, à l’intérieur de la corporation, un certain modus vivendi commence à s’établir : on distingue les artistes qui travaillent le bois massif et qui sont appelés « menuisiers en bois » et ceux qui pratiquent le placage et la marqueterie et qui sont des « menuisiers en ébène », l’ébène ayant été le premier bois exotique d’un emploi fréquent .
Le rôle du « menuisier en bois » à l’époque Louis XIV est encore très important. Buffets, armoires, sièges sont le plus souvent en bois massif, moulurés et sculptés. Cependant pour certaines pièces, notamment les consoles et les tables, on prend de plus en plus l’habitude de ne pas laisser le bois nu mais de le dorer ou de l’argenter. La technique du bois doré n’est pas nouvelle. Elle était connue dès le XIVe siècle, mais son utilisation courante n’est pas antérieure, dans le mobilier, au milieu du XVIIe siècle. Cet usage s’explique aisément : le lambris et la console dessinés ensemble par le maître ornemaniste, devaient nécessairement se compléter. Si le lambris était rehaussé d’or, la console devait, elle aussi, recevoir une parure d’or. Les tables, les guéridons, les sièges eux mêmes, sans être appliqués à la boiserie, auraient détruit l’harmonie de l’ensemble si on les avait laissés en bois brut. Les lois somptuaires interdirent à plusieurs reprises mais sans grande efficacité l’emploi de l’or dans l’ameublement, aussi bien d’ailleurs pour le tissu et les tapisseries que pour les meubles. Dans les intérieurs plus modestes, on se contente souvent de peindre le bois des sièges.
Enfin une autre corporation fut d’une manière éphémère appelée à participer à la fabrication du mobilier ce sont les orfèvres. Il est curieux de constater que ce n’est pas la première fois que cette corporation intervient dans l’histoire du mobilier, le « fauteuil » de Dagobert n’était il pas lui aussi sorti d’ateliers d’orfèvres ? Sous Louis XIV, non seulement le trône du roi, mais de nombreuses tables, guéridons, brancards portant des girandoles, caisses d’orangers, furent exécutés en argent massif. Aussi parmi les artisans du meuble, nous devons citer des orfèvres tels les Balm (spécialement Claude 1er, 1615-1678).
Malheureusement, sauf les dessins des ornemanistes, il ne nous reste rien de ces pièces exceptionnelles car elles furent envoyées à la fonte entre 1690 et 1695.
La seule nouveauté technique du siècle sera la laque . Dès le début du règne de Louis XIV, un goût très vif pour les objets (meubles, tissus, porcelaines), importés de Chine et du japon, se répandit parmi les amateurs d’art, si bien que les artisans français songèrent à utiliser des panneaux de laque pour décorer leurs meubles.
Dans l’ignorance où ils se trouvaient des secrets de fabrication, ils se contentèrent de détruire des cabinets et des paravents importés d’Extrême Orient et d’en distribuer des fragments sur des meubles de fabrication française. Le plus souvent les panneaux étaient rabotés pour en diminuer l’épaisseur et l’ébéniste dissimulait les éclats inévitables sur les bords par des entourages de bronze. On s’avisa aussi peut être d’envoyer en Extrême Orient pour y recevoir un décor laqué, des panneaux coupés préalablement aux dimensions exigées par le meuble en cours de fabrication. De toute façon, les délais de livraison étaient très longs et le prix de revient très élevé.
Aussi assez vite, essaya t on de fabriquer en France des vernis comparables à ceux utilisés par les Chinois et les japonais. Les meubles vernis de cette manière étaient dits « façon Chine ». Ce n’est qu’au début du XVIIIe siècle, qu’un atelier « de la Chine » fonctionnera aux Gobelins et que les panneaux de laque importés ou fabriqués en France, seront d’un emploi courant dans le mobilier. Mais c’est à l’époque Louis XIV que revient le mérite de ce nouveau procédé décoratif.