L’Antiquité interprétée par les Italiens avait été la principale source d’inspiration de la Renaissance. Au XVIIe siècle, c’est encore à l’Antiquité que nos artistes ont recours pour créer leur grammaire ornementale. Mais leurs préférences vont à l’Antiquité latine où ils retrouvent une esthétique en accord avec leur propre sentiment artistique. Ainsi, des contacts directs avec les monuments romains un Lebrun ramène un style décoratif à la fois majestueux et clair, totalement opposé à la truculente fantaisie des artistes de la Renaissance.
Une des lois fondamentales du décor antique est la symétrie. Cette symétrie sera une des règles les plus absolues du décor Louis XIV, symétrie non seulement par rapport à un axe vertical mais aussi par rapport à un axe horizontal. Le décor se compose sensiblement des mêmes éléments que sous la Renaissance, car il puise aux mêmes sources, mais l’interprétation des thèmes antiques est moins fantaisiste. S’il y a par exemple au XVIe siècle mille manières de sculpter un mascaron ou une tête de lion, pour l’artiste du XVIIe siècle, il y a en quelque sorte une manière officielle tant soit peu stéréotypée, indiquée par le dessinateur. Le moindre ornement est étudié, calculé, exécuté avec perfection, mais le tempérament individuel de l’artiste doit s’effacer au profit d’une conception d’ensemble. Cette méthode de travail n’est pas sans entraîner une certaine froideur et une certaine monotonie.
Nous retrouvons donc dans le décor Louis XIV tout l’arsenal habituel des motifs décoratifs de l’Antiquité. Le règne animal fournit des têtes et des pattes de lions, des têtes et des cornes de béliers, des sabots de cerfs, des dauphins, des griffons, des chevaux marins... Le règne végétal des feuilles d’eau, de laurier, de chêne, d’acanthe, des fruits et des fleurs d’une identification difficile. Les armes, les trophées, les attributs mythologiques complètent cet ensemble.
Par contre, les emprunts à l’architecture sont de plus en plus discrets, et si denticules, triglyphes, modillons sont encore fréquents, les colonnes disparaissent en laissant comme souvenir les cannelures.
Certains motifs jouent cependant un rôle de premier plan dans l’ornementation Louis XIV : ce sont les mascarons et les masques, et tout particulièrement les masques rayonnants du soleil, symbole du monarque, la coquille modifiée de cent façons, présentant soit sa face interne, soit sa face externe, et dont les bords peuvent être retournés, le quadrillé ou le losangé dans lesquels s’inscrivent des fleurettes ; le losange ou le carré est limité soit par une natte, soit par une tresse : ce motif a été utilisé très fréquemment comme jeu de fond.
En somme rien de bien original la sculpture décorative en s’assagissant s’appauvrit, et c’est à la marqueterie que sont demandées les parures les plus somptueuses.
L’intérêt du meuble Louis XIV réside donc bien plus dans la structure que dans le décor. Bien que le meuble à cette époque se libère de plus en plus de la tutelle ancestrale de l’architecture, il reste avant tout architectural et tend vers le monumental car il doit être à l’échelle d’une société où la grandeur est érigée en doctrine. La symétrie, aussi absolue dans la structure que dans le décor, contribue à cet effet de majesté impersonnel, recherché dans tous les domaines de l’art.
La ligne droite est encore fréquente mais elle n’a plus la même rigueur que sous Louis XIII ; certains motifs, guirlandes de fleurs ou campanes adoucissent volontiers la rigidité d’une traverse de siège ou d’un bas d’armoire. L’angle droit n’est pas souvent atténué ou éludé, mais la netteté un peu sévère qu’il donne au meuble est corrigée par l’adjonction de riches garnitures de bronze.
La courbe commence à être employée. C’est une courbe ferme, ramassée, à petit rayon, qui n’a pas la langueur et la mollesse de la courbe Louis XV ; elle contrebalance dans certains meubles, notamment les sièges et les consoles, la sévère et majestueuse monotonie des lignes droites.
Cette structure très nette est accentuée dans les meubles en bois massif par une mouluration à haut relief qui, au début du siècle, reste encore lourde et compliquée ; mais contrairement à celle de l’époque Louis XIII, cette mouluration n’est jamais molle, elle souligne, sans l’affaiblir, la structure grandiose du meuble.