Le gouvernement effectif de Philippe d’Orléans dure huit ans (1715-1723), mais dans le domaine artistique la période qu’on désigne sous le nom de Régence s’étale sur une trentaine d’années (1700-1730).
On pourrait même relever à partir de 1690, date de la mort de Lebrun, des signes avant coureurs d’une modification dans le style ornemental. Le dessinateur le plus en vogue vers 1690 est jean I. Bérain. Ses compositions très architecturales et d’une symétrie absolue sont bien dans la tradition classique la plus pure ; mais une certaine légèreté, une certaine fantaisie se glissent dans les détails chinoiseries et singeries font leur apparition. Or Berain a eu une influence directe sur le meuble puisque A. C. Boulle s’inspira fréquemment de ses dessins.
A partir de 1700 environ, autour de Philippe d’Orléans au Palais Royal, autour de la duchesse du Maine à Sceaux, se groupe une société avide de jouissance, dont l’idéal de vie n’est plus le faste et la grandeur, mais l’agrément et le confort. Le roi n’a plus désormais le monopole des commandes ; jeunes nobles ou bourgeois enrichis veulent, eux aussi, meubler leurs résidences au goût du jour ; le menuisier, l’ébéniste devront s’adapter pour plaire à cette nouvelle clientèle.
On pourrait définir sommairement le style Régence en disant qu’il est le passage d’un style rectiligne à un style curviligne, car on ne peut pas dire qu’il existe une seule ligne, un seul ornement spécifiquement Régence. Tous les éléments du style Régence sont, soit des motifs Louis XIV modifiés, soit déjà des éléments du style Louis XV. Un meuble Régence est un meuble où se juxtaposent et s’harmonisent les éléments empruntés à l’un et l’autre style.
La symétrie si absolue sous Louis XIV tend à devenir moins stricte. Si la symétrie en largeur est encore absolue, la symétrie en hauteur est souvent éludée ; nous sommes encore loin cependant de l’asymétrie voulue du style rocaille. La structure reste massive et lourde mais la ligne droite s’amollit et se détend ; une légère végétation liserons qui s’enroulent, branchettes qui se détachent d’un montant rompt la sévérité des structures. Les angles droits sont dissimulés par des échancrures, des coquilles, des fleurons. Le décor s’allège, s’étire, perd de sa solennité. La coquille se modifie ; elle n’est plus opulente et grasse, ses bords sont déchiquetés, et même il lui arrive d’être ajourée. Feuilles d’eau et feuilles d’acanthe subissent la même évolution. D’une manière générale, les feuillages sont plus légers, moins envahissants ; on commence à apprécier la beauté des surfaces planes, entourées d’ornements. Les mascarons, sans doute jugés trop lourds, se font rares. Le losangé ou le quadrillé à fleurettes restent utilisés mais il leur arrive d’être en quelque sorte déformés le côté du losange ou du carré s’incurve. Les attributs jadis héroïques s’humanisent les thèmes de prédilection sont plus souvent la chasse et la pêche que la guerre. Enfin l’Extrême Orient (Chine, Perse, Inde), fournit un arsenal de motifs peu solennels (dragons, parasols, plumes de paons, rochers biscornus..., etc.), en accord avec le goût du temps.