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 Différents types de meubles de la régence

Les sièges sont les premières pièces du mobilier à subir des modifications. Dans la société nouvelle, l’étiquette est sacrifiée au plaisir de la conversation. Le haut fauteuil Louis XIV n’était plus adapté ; aussi très vite devient il plus léger, plus maniable ; le dossier s’abaisse, le bois devient apparent et la traverse du haut du dossier s’incurve en forme d’accolade. L’entrejambe tend à disparaître et lorsqu’elle subsiste, elle est réduite à deux traverses croisées en X, très sobrement moulurées. Les bras reculent et s’évasent pour permettre aux femmes de s’asseoir commodément avec leurs robes à paniers, dont la mode apparaît vers 1718. Par contre, les montants du dossier sont encore droits et le plan quadrangulaire du siège se perpétue jusque vers 1720. II va sans dire qu’un fauteuil Régence peut ne pas comporter l’ensemble de ces modifications ; par exemple, le bois du dossier peut être apparent mais le piètement du siège encore lourdement entretoisé.

Les tables, elles aussi, évoluent rapidement, à l’exception des tables consoles qui, étant liées au décor, conservent encore un moment la richesse et la somptuosité des tables Louis XIV. Les tables de milieu, au contraire, perdent leur entrejambe, et les pieds en balustre et en gaine sont de plus en plus rares, car la ligne droite commence à être évincée. On préfère les pieds cambrés, à double inflexion en S allongé, ou les pieds en console dits aussi pieds de biche. A l’époque précédente, le pied de biche se termine presque obligatoirement par le sabot de l’animal dont il est sensé représenter le membre postérieur ; sous la Régence le pied de biche se termine le plus souvent par une volute reposant sur un dé.

Les commodes Régence (y. PL. IX) sont très intéressantes et très typiques de ce style équivoque. Elles sont encore lourdes et massives et la division en étages reste en général.

très affirmée ; mais par contre, la ligne droite y disparaît presque totalement : les pieds sont cambrés, la traverse du bas s’incurve on attribue à Cressent l’innovation du profil en arc d’arbalète et les côtés eux mêmes sont renflés. Le placage de bois précieux et les somptueuses parures de bronze contribuent à donner à ces meubles une grande élégance. On connaît aussi quelques belles armoires Régence, notamment celle du Musée Jacquemard André et celle attribuée à Cressent que possède le Musée des Arts décoratifs. Ces deux pièces sont très caractéristiques de l’évolution subie par le mobilier en une trentaine d’années. Aux sombres surfaces d’ébène et d’écaille des armoires de Boulle, les armoires Régence opposent de clairs placages de bois exotique ; aux compositions de bronze lourdes et compliquées, envahissant le milieu des panneaux, elles préfèrent une frise légère et élégante, courant autour des vantaux et faisant ressortir la beauté du placage. Enfin l’austère structure rectiligne s’amollit les côtés du meuble et les vantaux sont légèrement galbés.

Les modifications apportées par l’époque Régence dans les autres pièces du mobilier sont moins typiques. L’adjonction de bronze de facture nouvelle suffit à transformer un meuble de structure Louis quatorzième en un meuble Régence. Par exemple, de sages feuilles d’acanthe sont utilisées pour former les chutes aux angles d’un bureau plat ; sous la Régence, ces mêmes éléments sont traités tout différemment : ce sont, par exemple, des dragons grimaçants ou de gracieux bustes de femmes. Cressent, ébéniste du Régent, se fit une spécialité de ces délicats profils féminins dits « espagnolettes ».

Le caractère hybride des meubles Régence n’est pas sans charme. Cependant cette période est plus intéressante par les promesses qu’elle contient que par les pièces exceptionnelles qu’elle a produites.

Durant ces trente années d’essais et de recherches, les artisans du meuble ont acquis la pleine maîtrise des techniques qui feront la gloire de l’époque suivante (placage, marqueterie, bronze) ; ils ont expérimenté les effets qu’on peut tirer de. la ligne courbe aussi bien dans la structure que dans le décor. Enfin, ils ont su intéresser à leur production une riche clientèle ; désormais, il n’existera plus d’intérieur tant soit peu luxueux, qui ne possède des meubles élégants au goût du jour.