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 Louis XV et les techniques

Aux environs de 1730-1735, un certain nombre de techniques ont été expérimentées et mises au point. Un choix s’est opéré dans les formules décoratives. Pendant une trentaine d’années, le besoin de renouvellement ne se fera plus sentir et bien que de nombreux artisans coopèrent à la fabrication d’un même meuble et qu’il existe des différences très marquées entre les tempéraments individuels, la production des menuisiers ébénistes parisiens entre 1730 5760/65 sera d’une grande homogénéité.

les techniques

Un maître menuisier du XVIIIe siècle, André Jacob Roubo (1739-1791), a décrit minutieusement l’outillage et les opérations nécessaires à la fabrication d’un meuble dans six volumes in folio, illustrés de nombreuses planches dessinées et gravées de sa propre main (L’art du menuisier, 1768-1775). Roubo a sans doute porté des jugements sévères et sujets à caution, inspirés par les rivalités inévitables entre hommes d’un même métier ; il n’en reste pas moins vrai que ce témoignage d’un spécialiste du meuble au XVIIIe siècle est pour nous d’une valeur inestimable. Le bois (bois massif, placage, marqueterie).

Les bois employés par le menuisier sont des bois indigènes. Le chêne est relativement peu employé on connaît quelques belles armoires ou buffets en chêne massif, et à partir de 1760 les bâtis de très beaux meubles se feront aussi en chêne. Le hêtre est le bois le plus généralement employé pour les sièges ; certains menuisiers utilisent aussi le noyer et le tilleul ; enfin le vulgaire bois blanc (sapin, peuplier) sert à faire le bâti de la plupart des meubles d’ébénisterie. Comme aux époques précédentes, les menuisiers de province ont tendance à utiliser les bois produits dans leur propre région. C’est ainsi qu’on trouve des meubles en olivier, cerisier, merisier, poirier, châtaignier, alisier. L’ébéniste, tout au contraire, emploie surtout des bois importés. Nous sommes extrêmement mal renseignés sur ces bois. L’ébéniste du XVIIIe siècle se soucie peu des provenances et encore moins des noms scientifiques. Seules la couleur et les veines du bois ont un intérêt pour lui. On parle toujours de bois de rose (jaune rayé rouge), d’amarante (violet brun), de satiné (satiné rouge = rouge veiné jaune, et satiné jaune =jaune d’or veiné), de bois de Sainte Lucie (gris rougeâtre), sans jamais préciser de quelles essences botaniques ces bois provenaient. Le dessus d’une petite table de Latz reproduit, donne un bon exemple des effets que les ébénistes savaient obtenir par l’utilisation de bois de couleur. Le trophée de musique se détache sur un fond de bois de rose et de satiné, les encadrements sont en amarante. Roubo cite une cinquantaine de bois différents, mais les provenances qu’il donne sont souvent douteuses. En homme de métier, il s’attache plus aux subtiles différences de couleurs qu’aux noms exacts. Ces couleurs nous échappent en partie, car les bois se décolorent au contact de l’air ; certaines restaurations qui mettent à jour des parties de marqueterie normalement recouvertes par des bronzes ou certains panneaux intérieurs peuvent seuls nous donner une idée de l’éclatante polychromie des meubles du XVIIIe siècle, car par exemple le violet de l’amarante tend à devenir brun, le jaune rayé rouge du bois de rose passe au blond chaud uniforme... Dans les détails de marqueterie l’ébéniste conserve l’ébène et ne dédaigne pas certains bois nationaux comme le houx, l’if, le buis, l’épine vinette.

Les deux procédés d’utilisation des bois exotiques sont le placage et la marqueterie. Ces deux procédés ne sont pas nouveaux, mais l’ébéniste du XVIII siècle s’est heurté à une difficulté que n’avaient pas connue ses prédécesseurs il doit plaquer ou marqueter des surfaces galbées. Dans les deux cas, le bois précieux est refendu de fil à l’épaisseur d’une ligne (2 ou 3 mm). Il est ensuite classé selon les couleurs et les veines du bois. Quand le placage doit être absolument uni, tout l’art de l’ébéniste consiste à dissimuler les raccords entre deux feuilles plaquées et à choisir les veines du bois de manière à ce que la surface obtenue soit d’une très grande uniformité.

On passe insensiblement du procédé dit « placage » qui consiste à appliquer des feuilles de bois d’une assez grande superficie au procédé dit « marqueterie » qui, au contraire, tend à appliquer des morceaux de bois précieux, très petits, très variés et très nombreux, selon un dessin préalablement établi. Plus le dessin est compliqué, plus il réclame l’emploi de bois variés, en plaques de petites dimensions et plus la marqueterie devient difficile à réaliser. Ainsi des combinaisons multiples, presque infinies, s’offrent à l’ébéniste pour varier le décor de ses meubles. On dit encore placage ou plus exactement frisage quand l’ébéniste se contente de contrarier les veines ou les tonalités de larges feuilles de bois. Il applique par exemple des bandes qu’il dispose horizontalement, verticalement ou obliquement ; on peut encore appeler plage, les grandes figures géométriques (soleil, étoiles, losanges), garnissant un panneau tout entier. Mais déjà la représentation de rosaces, quadrilobes, pentagones plus ou moins compliqués, est à la limite entre placage et marqueterie. Si le quadrilobe au lieu de s’étendre sur toute la surface d’un panneau se répète plusieurs fois sur un même panneau, il est obligatoirement composé par des morceaux de bois de petite dimension : on dit alors marqueterie. Quadrilobes, rosaces, fleurettes sont souvent insérés dans des cercles, des carrés, des losanges, des rectangles. Toutes les combinaisons possibles de figures géométriques ont été utilisées : damiers, cubes, chevrons..., etc.

L’imitation de la vannerie connut aussi un assez vif succès. La science des maîtres ébénistes ne s’est pas arrêtée là. Ils ont voulu s’essayer à reproduire de vrais tableaux. Les compositions les plus simples sont formées d’ustensiles théières, tasses, vases, cruches.., imités plus ou moins directement des modèles chinois. Pour varier l’effet, les objets peuvent être reproduits en trompe l’oeil ; les bois sont alors ombrés par des procédés variés : gravures au burin, attaques par des acides ou par le sable chaud. Le décor composé d’attributs demande une habileté plus grande. Ce sont déjà des meubles particulièrement soignés qui se parent d’outils de jardinage savamment entremêlés, de trophées de chasse, de trophées de musique . Mais ce sont sans aucun doute les motifs floraux qui exigent de l’ébéniste la connaissance la plus approfondie des techniques de la marqueterie. Dès l’époque Louis XV, certains ébénistes tel Lacroix s’étaient spécialisés dans ce décor ; les réussites les plus brillantes seront cependant réservées à l’époque suivante avec des maîtres comme Riesener. Les compositions les plus simples sont celles où les branchages fleuris sont élégamment répartis sur la surface entière d’un panneau . Le décor peut se compliquer de l’adjonction de fruits accrochés aux branches, d’oiseaux perchés çà et là. Dans d’autres cas, le motif floral n’occupe que le centre du panneau : des gerbes, des bouquets sortent de corbeilles de vannerie ou de vases. Exceptionnellement, on trouve des scènes à personnages, mais c’est toujours sur des meubles fabriqués par des ébénistes d’origine étrangère et à peine assimilés. Un Wolf ou un Roentgen, bien que reçus maîtres par la corporation parisienne, étaient de formation artistique plus germanique que française.

Dans ces derniers exemples, l’ébéniste ne peut pas se contenter de la variété des couleurs obtenues en employant des bois au naturel puisqu’il s’agit de représenter des tableaux aux colorations extrêmement variées. L’ébéniste augmente sensiblement la gamme de ses couleurs en teintant ses bois. Ce procédé n’a rien de nouveau, mais il a été utilisé avec une très grande habileté par les ébénistes du XVIIIe siècle. On obtient ainsi des bleus, des rouges, des gris, des jaunes de tonalités très variées. Inutile de dire que la polychromie résultant de bois teintés est peu durable et que, rares sont les meubles où nous pouvons, à l’heure actuelle, juger de l’effet somptueux ainsi obtenu.

Les panneaux plaqués ou marquetés sont souvent délimités par un, deux ou trois filets de bois d’une essence différente, ou de bois de même essence, mais employé debout. C’est à cet usage que servent principalement des bois comme l’ébène, le citronnier, le houx, l’épine vinette.

Cette énumération sommaire des décors marquetés fait entrevoir les efforts que les ébénistes du temps de Louis XV ont déployés pour se renouveler. Il est évident que les compositions florales aux coloris délicats n’étaient utilisées que pour des meubles d’une classe exceptionnelle, le plus souvent commandés pour le Roi et son entourage. Pour la production courante, les ébénistes se contentaient de marqueterie à dessins géométriques.