La marqueterie de bois de couleur caractérise si bien l’époque Louis XV, qu’on a tendance à oublier que très tard dans le siècle, la marqueterie de cuivre, écaille et nacre, a eu une certaine vogue. On peut évidemment considérer comme des attardés des ébénistes comme Delaître (maître en 1738), Montigny (maître en 1766), Levasseur (maître en 1767) et Lemarchand (maître en 1789) pour ne citer que les plus connus ; mais leur production en plein XVIIIe siècle n’est pas négligeable et elle prolonge l’influence du grand ébéniste de Louis XIV dont le dernier fils, Charles Joseph Boulle, ne disparaît qu’en 1754 Cette technique s’est perpétuée pour une autre raison ; il a fallu sans cesse réparer les meubles de la couronne fabriqués par A. C. Boulle ; sous Louis XV, par exemple, on fit appel à Levasseur.
Nous avons vu que l’introduction de ce procédé de décoration du meuble est due à l’époque Louis XIV. Sous Louis XV, l’emploi se généralisa et surtout les vernisseurs eurent le mérite de se dégager des modèles extrême orientaux et de créer un style français de laque.
Même quand la fabrication française eut atteint un certain degré de perfection, l’engouement pour les laques importés subsista. On distingua toujours très soigneusement les différentes provenances. Les laques les plus estimés sont ceux du japon . La société raffinée du XVIII siècle aimait la douceur et l’harmonie des compositions, la variété des sujets, la somptuosité des rehauts d’or. Il existe des laques rouges, vermillon, mais les laques à fond noir sont plus courants. Les panneaux représentent des paysages collines et temples baignés par la lune, marécages aux flots dorés, rivières scintillant à travers des rochers et enjambées de ponts bossus ; des arbres (pins, bouleaux, palmiers), des fleurs (nénuphars, chrysanthèmes), des plantes (roseaux, fougères), complètent ces paysages. Des personnages (cavaliers, pêcheurs dans une barque, poètes méditant sur un rocher) animent le décor. Les laques de la Chine sont souvent d’une composition plus chargée bien qu’utilisant les mêmes thèmes. Enfin les laques de Coromandel qui sont en réalité des ouvrages chinois sont d’une facture très différente le dessin est gravé en creux dans les couches de laque ; dans les parties creusées, on coule de la gouache aux teintes éclatantes. Les laques de Coromandel sont donc très reconnaissables ; ils ont un tout autre aspect que les laques aux chaudes tonalités obtenus par l’application de couches successives de gomme. Leur polychromie très riche, due à la juxtaposition de couleurs vives, se prête à la représentation de fleurs, de coquillages, d’oiseaux aux plumages chatoyants. Ils sont souvent de composition touffue et n’ont ni l’harmonie, ni la douceur des laques japonais. Les vernisseurs français imitèrent avec succès aussi bien les laques du japon que ceux de la Chine ou de Coromandel. C’est à peine si on peut, par des détails de costumes, par l’allure générale de certaines plantes, notamment les palmiers, reconnaître l’Extrême Orient de fantaisie, si utilisé dans tout l’art décoratif Louis XV.
Ces fonds noirs qui s’adaptent si bien aux meubles en ébène n’étaient cependant pas dans la note claire du décor Louis XV. Nos meilleurs vernisseurs, tels les frères Martin, s’avisèrent de créer des laques à fonds clairs et gais qui eurent un vif succès, spécialement auprès de la cour. Abandonnant l’imitation servile de l’Extrême Orient et grâce à la transparence limpide des vernis français, nos vernisseurs peuplèrent les panneaux des meubles de personnages légers et charmants, imités des peintres à la mode (Boucher, Teniers, Greuze). Ainsi, une fois de plus, les artisans français surent se dégager de l’imitation et donner un caractère national à une technique étrangère.