Mis à la mode sous la Régence par des ébénistes tel que Cressent, les bronzes deviennent sous Louis XV la parure obligatoire de tout meuble plaqué, marqueté ou laqué. L’emploi des bronzes même sur de très belles pièces peut être limité . Le bronze garde alors sa destination primitive qui consiste à protéger des frottements et des heurts, la fragile marqueterie. Seuls, les sabots, les entrées de serrure, les mains sont en bronze ; ou bien une baguette court le long des arêtes et souligne la forme générale du meuble. Par contre, certains meubles sont revêtus d’une véritable carapace de bronze : non seulement frises, chutes, sabots d’une exubérante facture, rocaille entourent le meuble, mais le bronze envahit le panneau central et la beauté du bois exotique disparaît sous cette surcharge.
Cette généralisation de l’emploi du bronze a un inconvénient ; le prix de revient des bronzes est très élevé car leur fabrication nécessite une suite d’opérations longues et minutieuses. Par économie, les bronziers emploient fréquemment des moules ayant déjà servi et aussi des bronzes identiques sont fournis à plusieurs ébénistes et pour des meubles différents. Une autre économie porte sur la dorure. Pour obtenir des ors d’un éclat durable, il faut dorer à la feuille ou au mercure . Ces procédés sont très coûteux ; on se contente donc pour les meubles courants de dorer par application d’un simple vernis ; les bronzes se ternissent alors très rapidement.
Aussi, alors que sous la Régence les bronzes sont une parure exceptionnelle et que leur dessin et leur facture sont extrêmement soignés, sous Louis XV, les bronzes sont de valeur inégale ; la pauvreté et l’indigence de certains bronzes répétant à satiété des motifs rocaille passe partout, contrastent étrangement avec la finesse et l’élégance des bronzes d’un B.V.R.B. (Bernard Van Risen Burg) ou la somptuosité de ceux d’un Riesener.
Ajoutons cependant que certains ébénistes privilégiés ébénistes du roi ou simplement maîtres travaillant directement pour la Couronne et, de ce fait à l’abri des tracasseries corporatives, pouvaient par mesure d’exception dessiner, modeler ou fondre les bronzes destinés aux meubles qu’ils fabriquaient.
La renommée de certains bronziers a égalé celle des meilleurs ébénistes. La somptueuse élégance des bronzes fabriqués par Jacques Caffieri (1678-1755) et par son fils Philippe III (1714-1774) prouve l’étonnante maîtrise à laquelle étaient parvenus dans ce domaine les artisans du temps de Louis XV.