L’élément le plus caractéristique du décor Louis XV est la rocaille. L’introduction du style rocaille en France est principalement l’oeuvre de deux dessinateurs d’origine étrangère : Juste Aurèle Meissonniser, né à Turin, et GillesMarie Oppenort, fils d’un artisan hollandais récemment naturalisé. L’art rocaille consiste à unir dans une même composition le réel et le chimérique, à placer des éléments authentiques dans des ensembles impossibles : par exemple, sur des noeuds de rubans ou des treillages délicats évoluent tout un peuple de singes, de magots, de chiens, d’oiseaux ; entraînés par un mouvement vertigineux, tous les éléments du décor échappent à la symétrie et défient les règles les plus élémentaires de l’équilibre.
Dès 1725, ce formulaire est en pleine vogue ; il ne sera pas sans influence sur l’art du meuble. Il existe des pièces à la structure tourmentée, aux bronzes exubérants qui heurtent notre goût inné de clarté et d’équilibre.
Très vite cependant en France le style rocaille s’assagit. L’ornemaniste le plus représentatif du style Louis XV, celui qui a dessiné les plus nombreux modèles pour les ébénistes, c’est l’artiste français Nicolas Pineau. C’est à lui que revient le mérite d’avoir habitué les éléments du décor rocaille à s’ordonner selon un axe idéal. Le refus d’obéir à un rythme, le déséquilibre voulu des masses n’est plus la règle générale rochers bizarres, mousses, écumes, feuillages déchiquetés, coquilles déformées, peaux plissées, cartouches tordus, volutes tourmentées sont disposés dans le décor selon un plan cohérent, et ainsi les outrances du style rocaille sont évitées, tout spécialement dans l’art du meuble.
La rocaille n’est pas l’élément indispensable du décor Louis XV. Nombreux sont les meubles, tout spécialement les sièges, où le décor floral est le seul motif employé. Les fleurs sont généralement stylisées ; elles peuvent former des gerbes, des bouquets, des guirlandes, des chutes ; elles se mêlent aussi à des branchages. Plus encore que la rocaille, les fleurs sont d’un emploi constant dans le décor, soit en marqueterie , soit en sculpture en plein bois , soit en bronze.
On pourrait croire que la ligne droite est absolument bannie du décor Louis XV. Il n’en est rien ; la marqueterie à dessin géométrique, d’un emploi aussi fréquent qu’inattendu, contrebalance par sa netteté la langueur des formes ou l’exubérance des bronzes.
L’époque Louis XV est la seule où les meubles se soient entièrement libérés de la tutelle de l’architecture. Un seul souci régit la structure du meuble s’adapter aux besoins d’une société voluptueuse qui n’a d’autre souci que son bien être. Aussi les sièges épousent ils le plus étroitement possible les formes du corps humain. Si les dossiers de plan droit subsistent encore, un grand nombre de sièges sont dits en cabriolet le dossier arrondi enveloppe le dos de la personne assise. C’est aussi par un souci de confort que les sièges s’abaissent ; sur un siège bas, on peut s’abandonner à une pose nonchalante (hauteur du siège Louis XIV, 0,45 m à 0,50 m ; siège Louis XV, 0,35 m à 0,40 m). Les formes des sièges sont extrêmement variées ; les menuisiers s’ingénient à créer des sièges différents pour chaque usage. Un seul caractère commun se retrouve dans la multiplicité des formes : toutes les lignes sont sinueuses, chantournées ; on y chercherait en vain une seule ligne droite ; la division du siège disparaît une seule et même ligne court du pied du siège au sommet du dossier ; la moulure du pied est continuée par la moulure de la ceinture ; la console et le bras semblent être faits d’une seule pièce.
Les meubles subissent la même évolution que les sièges ; les façades et les côtés sont galbés, les pieds cambrés. On pousse même cette répugnance pour la ligne droite jusqu’à éviter de couronner le sommet d’un meuble par une surface plane : par exemple la tablette supérieure d’un secrétaire à abattant signé de Migeon, n’est pas plate.
Le souci de satisfaire une clientèle raffinée pousse les ébénistes tout comme les menuisiers à créer des meubles nouveaux, adaptés à tous les usages. On crée une foule de meubles légers, maniables, qui sont les serviteurs dociles de toutes les fantaisies ; les tiroirs, les tablettes, les cassetins se multiplient ; les meubles s’ouvrent soit par un abattant, soit par une tablette qui se relève verticalement, soit par un ou plusieurs vantaux cachant des tiroirs. Certaines tables à jeux ou tables de musique (par exemple la table à sextuor de Migeon appartenant au Musée de Fontainebleau), sont d’une incroyable complexité.
Le meuble Louis XV se caractérise donc par l’absence de ligne droite et la variété des formes.