Accueil du site / La formation du style Louis XVI : l'époque transition

 La formation du style Louis XVI : l’époque transition

Le mouvement artistique qu’on désigne sous le nom de retour à l’antique et qui n’aura d’influence effective sur le meuble qu’à partir de 1765, a des causes lointaines.

La rocaille et les formes chantournées règnent en maître sur tout l’art décoratif quand Mme de Pompadour envoie son frère, le futur marquis de Marigny, en Italie (1749-1751) pour faire son apprentissage artistique sous l’égide du dessinateur Cochin et de l’architecte Soufflot. A partir de cette date, les voyages d’études en Italie se succèdent et de nombreux recueils de dessins reproduisent les chefs d’oeuvre de l’antiquité gréco latine. Citons par exemple le Recueil des antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et gauloises publié en 1752, par le comte de Caylus. Le succès de cet ouvrage est très vif. Ainsi des artistes et des artisans qui n’avaient pas la possibilité d’aller eux mêmes en Italie, sont tenus au courant de ce renouveau d’intérêt pour la Rome antique.

Ce qui cependant provoque l’enthousiasme le plus grand, c’est la découverte des deux villes ensevelies d’Herculanum et de Pompéi. On connaissait depuis longtemps les édifices publics romains et même grecs, mais on n’avait absolument aucune idée du cadre de la vie quotidienne dans l’Antiquité. Or soudain, des maisons de particuliers avec leur décoration murale, leurs moyens d’éclairage, leurs meubles, leurs ustensiles les plus divers, apparaissent aux yeux émerveillés des fanatiques partisans de l’Antiquité. Une multitude de publications vulgarise à partir de 1748 les formes, les couleurs, les ornements de ce mobilier récemment exhumé de ses cendres.

Rien ne pouvait avoir une influence plus directe sur le meuble que ces objets de la vie familière, d’autant plus qu’après vingt ans de rocaille, un certain sentiment de lassitude s’était emparé du public. La Supplication aux orfèvres, ciseleurs, sculpteurs en bois pour les appartements, de Cochin fils, date de 1754. On reproche tout à coup au style Louis XV l’abus des courbes compliquées « qui se torturent le plus joliment du monde », l’exubérance florale, en un mot un manque de rationalisme.

Le « retour à l’antique » est cependant progressif. Les menus objets, bibelots, bijoux, pièces d’orfèvrerie, sont les premiers atteints par cette nouvelle mode. Le meuble « résiste » jusqu’aux environs de 1760-1765.

Puis, en une dizaine d’années, par modifications successives, les lignes sinueuses des meubles se redressent et la décoration rocaille est abandonnée au profit d’ornements tirés du formulaire décoratif de l’Antiquité.

Les meubles hybrides fabriqués durant cette période, et qui comportent un mélange d’éléments Louis XV et d’éléments Louis XVI, sont dits de style transition.

Nous étudierons l’évolution progressive du décor et des structures sur quelques pièces de mobilier.

Les premières transformations portent sur les bronzes et le décor.

Un fauteuil transition, par exemple, conserve sa forme mouvementée Louis XV, mais sa ceinture est ornée de rangs de piastres ou de guirlandes de laurier. Un peu plus tard, la structure même du siège sera modifiée le dossier est en cabriolet mais les pieds sont droits cannelés par exemple et assemblés d’équerre à la ceinture avec un dé de raccordement. La division du siège, qui avait disparu à l’époque Louis XV, est de nouveau affirmée.

La table suit la même évolution. Une table transition peut être supportée par des pieds chantournés alors que sa ceinture est ornée de cannelures ou de raies de cour.

La commode , est encore plus intéressante. A un premier stade, seuls les bronzes sont modifiés : des plaques ornées de motifs géométriques, forment les chutes ; des grecques et des entrelacs sont utilisés pour les frises. Les mains, fixes sous Louis XV, redeviennent pendantes. Puis le corps du meuble devient rectangulaire alors que les pieds restent encore longtemps cambrés. Les ébénistes trouvent un ingénieux artifice pour éviter la sécheresse des surfaces rectilignes. La façade de la commode présente un panneau central en légère avancée sur l’aplomb général du meuble on dit un « décrochement ».

Enfin c’est à cette époque qu’il convient d’attribuer la création du bureau à cylindre. Le prototype est le fameux bureau du roi commencé par OEben et terminé par Riesener en 1769. Cette sorte de meuble marque un progrès sur le bureau plat muni d’un gradin e en effet, tout en offrant une grande surface pour étaler des documents, il donne aussi la possibilité de les conserver en sécurité. Un ingénieux mécanisme permet d’enrouler autour d’un cylindre dissimulé dans le bâti un volet semi circulaire composé de lamelles. L’invention fera fortune à l’époque suivante et un ébéniste comme Teuné se spécialisera dans la fabrication de bureaux cylindre.

Vers 1770-1775, le retour à l’antique triomphe dans l’art du meuble. Il y aura comme toujours des attardés, spécialement en province, mais les caractéristiques du nouveau style sont définitivement établies.