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 Les techniques de Louis XVI

Le bois

La technique du placage et de la marqueterie avait été portée à un tel degré de perfection qu’il ne restait plus guère d’innovation possible dans ce domaine. Il faut cependant noter l’emploi de plus en plus fréquent de l’acajou en grande surface. L’ébéniste tire alors des effets nouveaux de la beauté même des veines du bois. On utilise de l’acajou moiré, moucheté, chenillé, ronceux . L’acajou trouve une utilisation nouvelle pour la première fois, on fabrique des sièges en acajou massif. Georges Jacob est sans doute à l’origine de cette innovation. Ainsi commence à s’effacer la distinction rigoureuse qui répartissait la fabrication des meubles entre les menuisiers, utilisant les essences nationales pour des meubles en bois massif, et l’ébéniste employant des bois exotiques pour des placages et de la marqueterie.

Le citronnier, rarement employé sous Louis XV, devient d’une utilisation beaucoup plus courante et l’ébène jouit d’un renouveau de faveur.

Si les placages et les marqueteries à larges dessins géométriques (minces filets dessinant des losanges, des rectangles...), ont tendance à dominer surtout à partir de 1785, les marqueteries à fleurs d’une polychromie très vive ont encore un vif succès. Certains ébénistes comme Riesener restent fidèles au décor fleuri jusqu’à la Révolution. Des fleurs groupées en bouquet retenu par un noeud de ruban ou des trophées champêtres forment le motif central, soit de l’abattant d’un secrétaire, soit de la façade d’une commode. Fréquemment cette marqueterie centrale forme une sorte de médaillon ovale suspendu par un ruban ; le reste du panneau est soit simplement plaqué, soit marqueté géométriquement.

La porcelaine et la laque

La recherche d’une polychromie toujours plus riche a amené les ébénistes à insérer des plaques de porcelaine dans les panneaux de leur meuble. Les plaques de Sèvres à fond blanc, sont décorées de guirlandes ou de semis de fleurs, de bouquets, d’attributs de la vie champêtre ou pastorale, d’animaux. Elles sont rondes, carrées, rectangulaires. Elles garnissent l’abattant d’un secrétaire, la tablette d’entrejambe ou le dessus d’une table, le panneau principal d’une jardinière. On fabrique même des plaques semi circulaires pour garnir la ceinture de petites tables rondes . On remplace quelquefois la plaque de Sèvres par une plaque de Wedgwood. Les motifs favoris, utilisés par le céramiste anglais, sont de petits personnages d’une extrême délicatesse, imités de camées antiques, se détachant en blanc sur un fond bleu pâle. Les laques d’Extrême Orient et les vernis de fabrication française sont employés comme à l’époque précédente.

Les métaux (tôle, fer, acier, cuivre, bronze)

Certains métaux font leur apparition dans la fabrication du meuble, d’une manière d’ailleurs assez limitée.

Des plaques de tôle vernie et passée au four servent de revêtement pour des meubles comme les jardinières ; on les utilise aussi comme plateau pour certaines petites tables. Elles portent le plus souvent un décor fleuri.

Le fer forgé et doré apparaît dans le piètement de meubles imités des vestiges trouvés à Herculanum et Pompéi. Les seules pièces qui avaient résisté à l’ensevelissement par les cendres étaient en métal ; on jugea bon de les copier en utilisant des matériaux semblables. C’est ainsi que l’athénienne utilisera des supports en métal.

L’acier commence à être employé dans le décor : des plaques d’acier poli servent de fond à des bronzes dorés ; des plaques d’acier bretté , servent d’ornement à la ceinture des meubles.

Le cuivre devient d’un emploi beaucoup plus fréquent. Il sert pour les baguettes qui soulignent la forme générale d’un meuble ou en délimitent les panneaux . Des galeries ajourées, faites aussi en cuivre couronnent le sommet des bureaux , ou entourent le plateau des tables. C’est à cette seule ornementation que se réduit le décor des meubles Louis XVI les moins luxueux. Enfin, on plaque du cuivre en feuilles minces dans le creux des cannelures et on entoure les pilastres de bagues. L’initiative de ce procédé doit sans doute être attribuée à Leleu.

Les bronzes sont en général d’une facture beaucoup plus soignée qu’à l’époque précédente. C’est par la somptuosité des bronzes , que les ébénistes compensent la sécheresse des structures et la monotonie des placages unis. Les bronzes se limitent le plus souvent à des frises, à des sabots quelquefois en forme de griffe de lion à des mains et à des entrées de serrures. Les frises sont composées d’ornements empruntés à l’Antiquité (cannelures, triglyphes, gouttes...), toujours ciselés avec une grande finesse. Ces motifs sont le plus souvent de très petite dimension et se répètent en ligne. On trouve des rangées de raies de cour, de piastres , d’oves, de perles, de grecques..., etc.

L’Antiquité n’est cependant pas la seule source d’inspiration des bronziers. L’art du tapissier a influencé le décor du meuble Louis XVI : des draperies simulées, des rubans enroulés, des festons, des cordelettes, des glands, des franges concurrencent curieusement la grammaire ornementale de l’Antiquité.

Les mains sont toujours pendantes ; elles sont, soit rectangulaires et .d’une grande simplicité, soit composées par un anneau encadrant un motif circulaire . Il subsiste quelques mains fixes, composées d’une guirlande maintenue par des noeuds de ruban ou par des crocs de mufle de lion.

Le bronzier le plus connu à cette époque est Pierre Gouthière . Il atteignit une virtuosité qui ne fut jamais égalée dans la manière de rendre le décor floral ; une abondance de détails traités avec naturel, minutie et élégance donne cependant quelquefois à ses compositions un aspect trop riche et trop chargé. Cet habile ciseleur fut aussi un novateur dans le domaine de la dorure : avant lui on dorait à la feuille ou au mercure ; il innova la dorure au mat.