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 Eléments du décor

Certains éléments du décor sont la conséquence de modes éphémères dues à des événements politiques ou militaires. Cependant un certain nombre de motifs empruntés à l’époque Louis XVI ont subsisté. C’est le cas de la palmette. On note son apparition aux environs de 1785 ; elle subsistera pendant tout le Directoire et on la retrouve encore sous l’Empire. Le Directoire en fait un très large usage ; elle se rencontre en bandeau, en frise, en applique ; fréquemment elle fait office de chapiteau.

Le losange, comme la palmette, a déjà été utilisé à l’époque précédente. Mais sous Louis XVI, il est seulement un des éléments du décor géométrique marqueté. Sous le Directoire son emploi est constant. Il est le seul décor d’un panneau de bois massif : un mince filet de bois clair citronnier par exemple est incrusté dans un bois plus foncé comme l’acajou. Dans les meubles moins luxueux, le losange est simplement peint (noir sur rouge brique, vert ou or sur blanc). Ce losange peint ou incrusté peut servir de cadre à un motif central : par exemple, une scène imitée des vases grecs. Un autre emploi extrêmement typique est l’utilisation du losange pour décorer le dé de raccordement des sièges.

A partir de la Révolution, toute une famille de larges figures géométriques joue le même rôle que le losange : ce sont l’hexagone, l’octogone régulier ou oblong et l’ellipse en fuseau plus ou moins étiré.

Tin certain nombre d’animaux réels ou chimériques sont des motifs de prédilection du nouveau style. Le cygne connaît une vogue qui ne faiblira pas sous l’Empire on le rencontre déjà, servant d’accotoirs de fauteuil, de montants de lit (le lit de Mme Récamier dessiné par Berthault), de piètement pour les lavabos, et encore plus fréquemment en bronze d’applique. Le griffon commence une carrière discrète en attendant d’être envahissant sous l’Empire. Le serpent a quelques faveurs. Deux serpents ayant une boule dans la gueule, courent de la ceinture au sommet du dossier d’une des chaises dessinées par Dugourc en 1790. Le sphinx, mâle, est mis à la mode après la campagne d’Egypte ; il se substitue à la sphinge grecque à buste de femme, utilisée à l’époque Louis XVI. Par une curieuse hybridation, la sphinge grecque se coiffe parfois du kiaft, bonnet royal égyptien.

Enfin un certain nombre de motifs sont utilisés pendant une très courte période ; leur apparition et leur disparition sont liées aux événements politiques. Dès 1789 les emblèmes révolutionnaires habillent hâtivement des meubles de pure structure Louis XVI. On rencontre aussi des « prises de la Bastille », des poignées de main, symbole de fraternité, des triangles avec un oeil, symbole de clairvoyance, des bonnets phrygiens, des arbres de la liberté, des piques, des lances, etc. Les imaginations se donnent libre cours. On ne recule devant aucune extravagance mobilière. C’est ainsi que le jeune général Bonaparte, avant de partir pour l’Italie en 1796, commande à Jacob Desmalter pour la rue.

Chanteraine un mobilier « patriotique ». Le lit figure une tente peinte de ton tricolore ; les huit tabourets sont en forme de tambours avec leurs cordes ; la peau du dessus a cependant été remplacée par un cuir jaune pour les rendre utilisables comme sièges.

Quelques années plus tard, vers 1798, l’expédition d’Egypte mettra à la mode les sphinx, les scarabées, les lotus, les caryatides, les pyramides. Mais dès 1799, Bonaparte joue au César romain et le décor se peuple d’attributs militaires et guerriers : trophées d’armes, panoplies, faisceaux, casques, glaives croisés, haches de licteurs... A l’extrême fin de la période qui nous intéresse, naissent les figures symboliques : l’Empire fera une grande débauche de ce genre d’ornements. Le Directoire utilise déjà des génies ailés, des renommées (nymphes tenant des palmes ou des couronnes), des fortunes (élégantes silhouettes de femmes montées sur un globe terrestre comme celles dessinées par Berthault pour le mobilier de Mme Récamier).