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 Les structures et les types de meubles

Un besoin de clarté et de simplification fait disparaître les formes compliquées et les meubles inutiles. La tendance est aux formes géométriques, aux lignes droites, aux courbes pures. L’ornementation ne dissimule en aucun cas la structure du meuble ; elle est discrète, parfois absente.

On ne peut, à vrai dire, attribuer la création d’aucun meuble nouveau à cette période ; mais par un curieux besoin de changement et de nouveauté, marchands de meubles et journaux de l’époque par exemple le journal des dames et des modes, publié par La Mesangère de 1797 à 1802, pour ne citer que l’un des plus connus ont pris un malin plaisir à changer la terminologie adoptée sous Louis XVI. Ainsi une petite commode s’appelle chiffonnière, une athénienne, vide poche, un bonheur du jour, table à gradins..., etc. Pour le profane, il semble qu’il y ait nouveauté ; en réalité, il n’y a que copie pure et simple des formes en vogue sous Louis XVI.

Les types de meubles ont tendance à devenir moins nombreux. L’époque Louis XVI avait créé des types très variés de commodes. Le Directoire ne profite pas des enseignements de l’époque précédente et ramène à peu près toutes les commodes à un seul modèle : une commode à pieds courts, souvent en griffes de lions, possédant trois tiroirs. Le bureau est souvent à abattant vertical. Les tables sont plus variées : table à manger circulaire, tricoteuse, table de nuit, table à raser, jardinière, guéridon. Tous ces meubles sont bien proportionnés et présentent des surfaces planes à angles nets. Commodes et secrétaires sont ornés de figures en gaine, de colonnes ou de pilastres non cannelés. Les piètements de tables utilisent chimères, cygnes, sphinx, griffons...

Comme toujours les sièges sont la vivante expression de la société qui les utilise. Ils subissent des transformations plus rapides et plus caractéristiques que les meubles.

Les pieds des sièges sont fréquemment à section carrée, les pieds postérieurs sont recourbés vers l’extérieur en forme de sabre : c’est ce type de pied qui est dit pied à l’étrusque. Dans certains cas assez rares, les pieds antérieurs revêtent cette même structure ; mais le plus souvent, ils sont en fuseau allongé , tournés et bagués, ou bien droit à section carrée, ou encore en balustre. La chaise curule romaine donne naissance à des piètements en forme d’X. L’X est légèrement incurvé et se termine par des griffes de lion. Une traverse en balustre réunit les deux X et donne sa stabilité au siège. L’X peut figurer deux cornes d’abondance reposant sur le sol par la pointe. Le décor de IX peut aussi être confié à des serpents. Les accotoirs sont très souvent terminés par des têtes de bélier, d’aigle, de léopard, de lion. Dans ce cas, le support est en forme de colonnette ou de balustre. Mais dans un grand nombre d’exemples, les consoles d’accotoirs ont donné lieu à des recherches décoratives très poussées bustes de femmes, génies ailés, cygnes, sphinx, griffons se retrouvent aux accotoirs aussi fréquemment qu’au piètement des meubles. Dès la campagne d’Egypte (1798), les supports d’accotoirs prolongent les pieds antérieurs sans s’arrêter à la ceinture ; cette formule sera presque constamment adoptée sous l’Empire.

Les dossiers sont d’une variété extraordinaire ; les dossiers pleins et rembourrés sont l’exception ; les dossiers à clairevoie, la règle la plus générale. Par exemple une traverse large et débordante, de plan droit ou en hémicycle est maintenue à la hauteur du dos de la personne assise, soit par deux montants qui prolongent les pieds postérieurs, soit par un motif décoratif plus travaillé. Ce type de dossier apparaît dès 1786 dans le dessin donné par Le Queu pour le mobilier de l’hôtel Montholon ; il est utilisé par David pour les sièges de l’Assemblée nationale. Le décor de la traverse peut être sculpté, incrusté ou peint ; mais il peut aussi figurer sur une bande d’étoffe de soie ou de papier peint , tendue sur le bois. Les motifs favoris vont du simple losange à la scène imitée des vases grecs. Plus tardivement apparaît le dossier dont la traverse supérieure est enroulée en crosse. La traverse est généralement ornée sobrement, mais ce qui fait l’élégance et l’intérêt de ces dossiers, ce sont les motifs ajourés qui relient la traverse au siège. Le dossier ajouré n’est pas une nouveauté ; il existait à l’époque Louis XVI. Le Directoire a fait cependant preuve d’une grande originalité dans la décoration de cette partie du siège. Les dossiers les plus simples sont formés par un simple croisillon, par un carré dressé sur sa pointe, par une grille découpée, faite d’un seul morceau d’acajou, par un réseau de cordes écartées par des disques, par une très grande palmette, par plusieurs palmettes ou par un décor géométrique de palmettes. Mais les solutions plus hardies ne sont pas rares on trouve tour à tour une lyre, un sablier schématique, un trépied, le profil d’une amphore, un triangle avec un oeil, un trophée guerrier, deux sphinx assis et affrontés... Deux innovations qui feront fortune au cours du siècle suivant apparaissent dès le Directoire ; une poignée creusée dans la traverse supérieure du siège, ou une pièce de bois tournée, située au dessus de la traverse permettent d’empoigner commodément le siège.

Les sièges confortables bergères, marquises propres aux poses nonchalantes, ne sont plus de mise. Ils disparaissent comme étant incompatibles avec la dignité des citoyens libres, à l’exception de la chaise longue appelée couche à l’antique ou méridienne. Le Directoire crée pourtant un type de siège extrêmement confortable la chaise gondole . Ce siège généralement assez bas est une savante combinaison du fauteuil en cabriolet et du fauteuil de bureau. Il possède un dossier arrondi et très enveloppant qui vient s’amortir en pente douce jusqu’à la ceinture du siège, formant ainsi les accotoirs.

Il nous reste peu de pièces pour juger le mobilier de l’époque Directoire. Presque tous les beaux meubles conservés dans les musées sont sortis de l’entreprise de G. Jacob et de ses fils. Les meubles courants en bois indigènes peints et souvent de facture négligée ont à peu près totalement disparu.

En dépit de quelques extravagances dues principalement à des dessinateurs, le mobilier Directoire est plein de grâce et de charme. Malgré sa soumission aux modèles antiques, son austérité voulue, il a su éviter la lourdeur et le pédantisme du style Empire.