Le style Empire est né de la volonté d’un souverain qui désirait marquer l’art de son règne d’un sceau personnel. C’est à deux architectes C. Percier et P. F. L. Fontaine que Napoléon confia la mission de créer l’art décoratif du régime impérial. Le texte qu’on pourrait appeler le Manifeste du style Empire n’a cependant été écrit qu’en 1812 pour servir de préface à un Recueil de décoration intérieure, dessiné par les deux artistes. Les principes qu’ils y énoncent sont ceux qui ont régi toutes les créations artistiques entre 1804 et 1814. La soumission absolue à l’art antique y est redite en termes clairs. « On se flatterait en vain de trouver des formes préférables à celles que les anciens nous ont transmises. » Ces « formes » antiques, depuis 1760, théoriciens et praticiens se vantaient de les avoir pour unique modèle. Mais jusqu’à la Révolution, l’imitation avait été discrète et l’art décoratif avait conservé une grâce et une élégance toutes françaises. Sous le Directoire, la copie des modèles antiques était demeurée plus stricte, plus savante. Sous l’Empire, l’évolution est achevée « Si l’étude de l’Antiquité venait à être négligée bientôt, toutes les productions industrielles perdraient ce régulateur qui seul peut donner aux ornements la meilleure direction, qui prescrit en quelque sorte à chaque matière les limites dans lesquelles doivent se resserrer ses prétentions à plaire, qui indique à l’artiste le meilleur emploi des formes et fixe leur variété dans le cercle qu’elles ne devraient jamais franchir. » Le premier objectif n’est donc plus de « plaire » mais de ne pas sortir des « limites » permises par l’art antique. Percier et Fontaine, sentant la rigidité d’une telle doctrine, ont eux mêmes, théoriquement du moins, apporté quelques atténuations à ces principes. Ils reconnaissent que les créations artistiques doivent s’adapter aux exigences de la vie moderne et qu’il serait regrettable de méconnaître la suprématie des techniques contemporaines par rapport à celles des anciens. « Les modèles de l’Antiquité », doivent être « suivis non en aveugle, mais avec le discernement que les moeurs, les usages, les matériaux modernes comportent ».
Cette timide restriction n’a guère été entendue. Le mobilier dessiné par Percier, Fontaine et leurs émules garde ce caractère artificiel et savant, propre à l’imitation trop absolue d’un art étranger. Les lois les plus élémentaires de confort et de bien être sont sacrifiées à la froide archéologie.
L’imitation servile de l’Antiquité n’est pas la seule règle préconisée par les deux artistes. Percier et Fontaine, responsables de l’art impérial, veulent créer un art cohérent, homogène. Cette même préoccupation avait été celle de Lebrun au temps de Louis XIV. Les tempéraments individuels doivent s’effacer au profit d’une conception d’ensemble. « L’ameublement se lie de trop près à la décoration des intérieurs pour que l’architecte puisse y être indifférent... La construction est dans les édifices ce que l’ossature est au corps humain ; on doit l’embellir sans le masquer entièrement. » Aussi Percier et Fontaine, non contents de donner des modèles de plafonds, de lambris, de tentures, ont aussi dessiné des meubles. A travers eux, l’influence personnelle de l’empereur a été décisive. Napoléon, comme tout monarque absolu, a le goût de la magnificence. Il veut des meubles aux vastes proportions et d’une excessive richesse. Il est incontestable que les meubles fabriqués pour l’empereur ou pour son entourage direct sont trop grands, trop lourds, trop chargés de bronze ; ce parti pris de grandeur a influencé le mobilier usuel, même dans ses pièces les plus banales.
Les trois caractéristiques du mobilier Empire sont donc l’imitation de l’Antiquité, l’uniformité, la tendance aux structures monumentales.