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 Directoire et Empire : Technique

Le bois (placage, incrustation)

L’acajou est le bois le plus employé malgré les difficultés d’importation : il venait de Saint Domingue alors révolté contre la France, et les mers étaient tenues par les Anglais. Dès 1801, Charles Landon, dans ses Annales du Musée, fait campagne pour les bois indigènes. « Nous méprisons les productions de notre sol tandis que nous possédons des bois auxquels il ne manque rien que la couleur pour plaire aux yeux. Quant à la dureté, à la compacité, ils ne le cèdent point à ceux de l’étranger... » Landon, quelques pages plus loin, donne des recettes très précises pour la teinture des bois nationaux. Ces sages conseils ne seront réellement suivis que sous la Restauration. Sous l’Empire, malgré le prix élevé de l’acajou, tous les meubles luxueux sont fabriqués en acajou massif. Les meubles moins somptueux sont simplement plaqués. La qualité des placages est excellente. Aussi parvient on à plaquer des bois de sièges, des pieds de tables, des colonnettes décorant les façades des commodes ou des secrétaires... Les variétés d’acajous employés deviennent de plus en plus nombreuses. Il y a des acajous clairs, des acajous foncés. Il y a surtout des acajous aux veines tourmentées, d’un excellent effet décoratif (moirés, ronceux, flammés, pommelés, zonés..., etc.). Pour les meubles courants, les ébénistes commencent à employer des bois nationaux. Les timides essais faits dans ce domaine sous l’Empire porteront seulement leurs fruits après 1815. En raison de leur similitude avec l’acajou, la préférence va d’abord aux bois foncés dont les veines composent d’intéressants motifs décoratifs. C’est le cas de la racine d’if, du thuya moucheté. Les bois clairs, plus rares, ne sont employés que si leurs veines sont une parure suffisante pour de vastes panneaux dépourvus de toute autre ornementation. On rencontre ainsi du hêtre ponctué, du platane moiré, du frêne tacheté... Les loupes de hêtre, de frêne, d’orme commencent à être utilisées assez fréquemment.

Les sièges, quand ils ne sont pas en acajou, sont en noyer ou en hêtre, mais toujours peints et dorés richement.

L’incrustation de minces filets ou de motifs plus étendus, couronnes de laurier et d’olivier, chiffres, rosaces, est courante. Un bois clair (citronnier, olivier), est inséré dans un bois foncé (acajou), ou bien un bois foncé (ébène, acajou, if), est incrusté dans un bois clair (hêtre, orme, certains acajous). L’incrustation de l’ivoire, de la nacre, du cuivre et même de l’acier est plus exceptionnelle. Elle est réservée à des meubles d’une facture très soignée et n’est jamais utilisée que pour des détails d’ornementation.

Les bronzes

Le rôle des bronzes sous l’Empire est primordial. Les meubles aux formes sévères, aux larges panneaux unis, appellent des ornements. Les bronzes admirablement ciselés, dorés au mat, sont d’une qualité exceptionnelle. Des artistes comme Thomire, Ravrio, Odiot, ne se refusent pas à apporter leur concours aux meilleurs ébénistes de l’époque et nombreux sont les meubles dont le seul intérêt réside dans leur parure de bronze . Les services qu’on demande au bronze ont totalement changé depuis l’époque Louis XVI. Le bronze ne sert plus à souligner la facture du meuble ou à protéger la fragile marqueterie par des chutes ou des entrées de serrures ; on lui confie une mission bien plus importante : celle de décorer, de personnaliser ces monotones surfaces unies d’acajou. Les motifs de bronze sont donc traités différemment : ils ne sont plus créés en fonction du meuble ; ils ont leur valeur intrinsèque. Ce sont de réels bronzes d’applique, finement ciselés, indépendants les uns des autres, formant à eux seuls tout un décor et ayant leur échelle propre. Les thèmes, la plupart du temps, n’ont pas de lien entre eux ; sur un même secrétaire, on trouvera un char de la renommée, traîné par deux coursiers et deux lions affrontés ayant une patte posée sur une vasque. Des palmettes, des étoiles, des couronnes, des abeilles, des chiffres entrelacés, sont souvent semés au hasard pour garnir la ceinture d’un meuble, servir de chapiteau à une colonnette. Les scènes mythologiques, en dépit d’une certaine stylisation, sont traitées avec grâce. Seules les grandes figures de femme, utilisant tout un panneau, sont assez souvent d’une raideur peu aimable. Ce sont ces mêmes motifs qu’on retrouve sur les pendules ou les pièces d’argenterie créées par les bronziers de l’époque. Ainsi le bronze d’ameublement devient un art original, qui requiert le talent d’artistes spécialisés.