L’Empire n’exploite pas toutes les ingénieuses créations du XVIIIe siècle : un certain nombre de types de meubles et de sièges inventés au cours du XVIIIe siècle, seront abandonnés. N’ayant pas pour but de s’adapter aux besoins d’une vie intime et voluptueuse, le mobilier Empire ne retient dans l’héritage du XVIIIe siècle, que les meubles essentiels. On ramène les sièges à deux ou trois modèles ; on renonce à la variété infinie des petits meubles créés pour des usages limités et précis.
Les sièges sont les premiers atteints par cet appauvrissement. Le fauteuil Empire a de vastes proportions ; il n’est pas destiné à être aisément mobile, pour faciliter une conversation familière. Il reçoit presque une place fixe le long du mur. Le dossier toujours rembourré, est rectiligne ou enroulé, surmonté quelquefois d’un fronton.
Le siège est carré ou légèrement rectangulaire. Les accotoirs, munis de manchettes, sont soutenus par des supports d’une grande variété. Dans la majorité des cas, le support continue le pied antérieur, sans marquer l’arrêt à la ceinture ; caryatides engainées, lions monopodes, cygnes, aigles, chimères, dragons, montent depuis le sol, pour soutenir le bas du fauteuil. Quand la ceinture reste marquée, les consoles d’accotoirs présentent à peu près les mêmes thèmes, mais les pieds antérieurs gagnent en diversité. Ils peuvent être à section carrée, ornés soit de sculpture en très haut relief quand le siège est en bois indigène peint ou doré, soit de bronze d’applique, quand le siège est en acajou plaqué ou massif. Les pieds cylindriques et cannelés ainsi que les pieds tournés et fuselés connaissent une nouvelle vogue. On rencontre aussi les pieds constitués par deux balustres superposés. Dans l’un et l’autre cas, les pieds postérieurs sont à section carrée, en forme de sabre plus ou moins légèrement recourbé par rapport à l’aplomb général du siège. La forme en gondole, moins solennelle, créée sous le Directoire est aussi vivement appréciée.
A côté du fauteuil et de la chaise, l’Empire fait un emploi fréquent du tabouret. Pour les mêmes raisons de préséance qu’au grand siècle, il était commode d’utiliser des sièges moins nobles que le fauteuil et même la chaise. Les tabourets sont en forme d’X entretoisé, et recouverts d’étoffe. Fauteuil, chaise, tabouret, constituent à peu près toute la gamme des sièges sous l’Empire.
Il y a cependant quelques canapés qui ne sont que des fauteuils élargis et deux sortes de chaises longues, héritage du Directoire, la chaise longue à deux dossiers légèrement renversés, et la chaise longue dite méridienne dans laquelle le dossier du fond réunit deux dossiers de hauteur inégale. Les lits revêtent deux formes principales, mais dans les deux cas, ils sont destinés à être placés dans une alcôve et à être vus de côté, si bien qu’une seule de leurs quatre faces, reçoit une ornementation digne d’intérêt. Les lits à montants droits rappellent dans leur structure générale les lits Louis XVI. Les fines colonnettes sont remplacées soit par d’épaisses colonnes ou de lourds pilastres, soit par des animaux chimériques ou des têtes antiques engainées. Il existe aussi des lits où les montants présentent une surface unie en acajou, fastueusement ornée de bronze d’applique.
Le deuxième type de lit est une des créations les plus heureuses de l’époque napoléonienne. C’est le lit en gondole appelé généralement lit bateau à cause d’une vague ressemblance avec une nacelle vu de côté, il présente deux dossiers de même hauteur, renversés et enroulés, réunis par une traverse incurvée qui prolonge la courbe des deux dossiers. Les montants, très larges à leur base, permettent de déployer tout le répertoire ornemental de l’Empire : la simple palme en bronze d’applique qui épouse la courbe des montants s’y rencontre aussi bien que danseuses, chimères, cornes d’abondance... Le lit bateau à un seul dossier d’une facture beaucoup plus légère se rencontre aussi . Les deux types de lits sont fréquemment surmontés d’un baldaquin en étoffe semblable à celle qui recouvre le lit. En cela, l’Empire ne fait qu’imiter les époques précédentes.