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 Tables de l’Empire

Les grandes tables Empire sont rondes. Les plus banales ont un lourd disque de bois comme plateau. Cependant l’Empire utilise aussi des matériaux peu courants dans l’art du meuble : outre le marbre, on rencontre malachite, porphyre, mosaïque (table des maréchaux à Malmaison), porcelaine, verre. Ces matériaux sont employés seuls ou bien ils sont encastrés dans une ceinture de bois, ornée de bronze d’applique, ou encore ils ne sont qu’un élément décoratif inséré dans le bois.

C’est dans les piètements que l’Empire fait preuve de la plus grande originalité. Un grand nombre d’entre eux sont formés par un unique pilier central colonne, balustre qui repose sur un socle assez bas. Cette base ayant fréquemment la forme d’un triangle curviligne, à côtés concaves, est quelquefois munie de roulettes. L’épais pilastre peut être remplacé par des animaux chimériques. Tous les monstres égypto gréco romains, groupés par trois, se donnent rendez vous pour soutenir de leur tête, de leurs épaules, de leurs ailes déployées, les dessus des tables. La débordante imagination des dessinateurs s’est donné libre cours, et les bêtes les plus hybrides, les plus compliquées, créées par l’époque impériale, se retrouvent dans ces extraordinaires piètements. Ebénistes et bronziers ont le plus souvent collaboré pour les réaliser. S’il existe des piètements taillés en ronde bosse dans l’acajou massif, il en existe aussi où le métal (fer, bronze doré ou patiné), joue un rôle important ou exclusif.

Ainsi construite, la table Empire se présente comme un guéridon démesurément agrandi. Cette facture caractéristique fait trop souvent oublier que l’Empire a repris un certain nombre de types créés sous Louis XVI et sous le Directoire. De formes beaucoup plus variées (carrées, rectangulaires, parfois hexagonales), ces petits meubles n’ont de nouveau que leur style décoratif. Ils introduisent une note de fantaisie dans les ensembles froids et solennels créés par les architectes. Percier, du reste, blâme ces petites tables « semblables à ces plantes parasites dont l’abondance égale l’inutilité » ; mais justement elles nous plaisent infiniment parce qu’elles n’ont pas ce caractère archéologique qui règne en maître dans tout l’art décoratif impérial.

Table à ouvrage, tricoteuse, table à thé, à déjeuner, jardinière, table à coiffer, barbière, sont autant de petits meubles ingénieux et charmants qui ont banni les monstres de leur piètement. Pieds en forme de lyre, pieds en X, situés aux extrémités du plateau, fines colonnettes, ou à la rigueur figures engainées, placées aux angles, sont d’un usage courant. Une solution originale consiste en une série de pieds droits réunissant la ceinture du plateau au socle. Ce socle, quelquefois plein, est souvent constitué par une étoile rayonnante ayant un nombre de branches égal au nombre de pieds.

Une place à part doit être faite au lavabo et au somno. L’athénienne Louis XVI évolue et se spécialise. Nous avons vu que jusqu’à la Révolution, les marchands de meubles vantaient ses multiples emplois. Sous l’Empire, l’athénienne devient un meuble utilitaire. Ses trois pieds généralement en métal soutiennent une vasque et une aiguière, c’est à dire une cuvette et un pot à eau.

Le somno est une table de chevet cylindrique. En acajou massif, sans aucune moulure ni vantail apparent, ce meuble est un de ceux qui méritent le mieux l’appellation de monolithe. Des bronzes d’appliques représentant souvent des divinités allégoriques, essayent en vain d’égayer et d’alléger cette facture lourde et presque disgracieuse.