La restauration : les différents types de meubles

Les sièges

A mesure qu’on s’éloigne de l’Empire, les sièges sont de structure moins massive et moins rectiligne. Ils deviennent plus maniables et plus confortables. De très nombreux types de sièges existent, soit qu’ils imitent avec quelques modifications ceux de l’Empire, soit qu’ils reproduisent des formes empruntées à des époques plus lointaines.

La chaise et le fauteuil, qu’on pourrait appeler sièges de réception, ne sont pas très différents de ceux que Percier dessinait vers 1810. Le dossier rembourré est droit ou légèrement enroulé ; les pieds postérieurs sont en sabre ; les pieds antérieurs à section carrée sont incurvés à l’avant au lieu d’être droits ; chimère ou génie ailé sont encore utilisés quelque temps pour soutenir les accotoirs. Ce genre de siège est souvent peint en blanc avec rehaut d’or.

Très vite, ce type se modifie pour le mobilier usuel. Le dossier s’incurve pour mieux emboîter le dos de la personne assise ; il se déverse légèrement par souci de confort. La traverse supérieure n’est plus constituée par une pièce de bois rigoureusement rectiligne, mais par deux volutes affrontées en profil d’arc ou plus simplement par une traverse arrondie. Quand le piètement à l’étrusque subsiste, les pieds postérieurs sont plus déversés que sous le Directoire et l’Empire pour assurer une stabilité plus grande au siège. Rapidement, les pieds en fuseau ou en balustre redeviennent à la mode, mais ils sont d’une finesse moins grande qu’au début du siècle. Enfin, à partir de Charles X, les pieds galbés sont d’un usage courant.

La Restauration emprunte au Directoire les chaises à dossier ajouré, mais fait preuve de moins d’originalité et de fantaisie. Les types de dossier sont limités. Le plus employé est le dossier formé par un croisillon ou par une plaque rectangulaire à grille. A partir de Charles X, on rencontre aussi des motifs constitués soit par un éventail, soit par une ou deux coquilles nervées et découpées. Comme sous le Directoire, la traverse supérieure est souvent creusée en demi lune pour servir de poignée, ou bien un fuseau remplissant le même office réunit les deux montants du dossier.

La chaise ou le fauteuil gondole dont nous avons signalé l’apparition sous le Directoire connaît une vogue inouïe. C’est le type de siège qui répond le mieux aux aspirations de bien être de l’époque. Le dossier épouse étroitement la forme du dos, les accotoirs viennent mollement se raccorder à un siège bas. Dans les pièces particulièrement soignées, des cygnes, des dauphins sont encore volontiers utilisés pour former des bras détachés du siège. Le piètement est souvent muni de roulettes, ce qui donne une mobilité extrême à ce siège de petite dimension.

Il existe aussi des sièges d’un usage plus restreint. Par exemple, de très intéressants fauteuils de bureau dont le dossier est constitué par une plaque sculptée ou ajourée découpée en arrondi.

De toute la série des grands sièges utilisés au XVIIIe siècle, l’Empire n’avait retenu que le canapé et la méridienne. Tous deux subsistent sous la Restauration. Jusqu’aux environs de 1820, la méridienne n’est modifiée que par des détails d’ornementation ; mais, peu à peu, la ceinture s’abaisse jusqu’à former socle. Le canapé suit la même évolution. Nombre de ces sièges sont simplement moulurés ; vers 1820 les ébénistes ont tendance à abandonner l’acajou, pour fabriquer des sièges en bois indigène, aux formes très nettes et finement décorés de palmettes, rosaces, guirlandes marquetées ou incrustées.

Ottomanes héritées de l’Ancien Régime, causeuses et dormeuses faisant suite aux veilleuses du XVIIIe siècle, divans énormes en forme de haricot, sont tous tendus d’étoffes jusqu’à leur soubassement et abondamment pourvus de coussins. Ces « nids à poussière » ont rarement subsisté ; pourtant leur emploi devait être courant si l’on en juge par les lithographies d’un Deveria. Ces vastes et confortables sièges marquent la première victoire du tapissier sur l’ébéniste : sous le Second Empire, le bois apparent disparaîtra totalement de certains sièges.