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 La Monarchie de juillet

Cette courte période marque un tournant décisif dans l’art du mobilier. La première Restauration avait réalisé un habile compromis entre l’art du XVIIIe siècle et les exigences de la société nouvelle. L’époque Louis Philippe rompt avec les usages de l’Ancien Régime et crée des meubles qui sont le reflet exact des préoccupations non seulement artistiques mais encore littéraires, sociales et même politiques d’une société extrêmement mélangée.

La prodigieuse transformation qui tente de remplacer l’homme par la machine jette le désarroi aussi bien dans les techniques que dans les conceptions esthétiques. Les artistes se trouvent en face d’un problème tout nouveau créer un art industriel ; or, nous n’ignorons pas que cet art industriel cherchera en vain sa voie pendant presque un siècle. L’emploi de la machine est pourtant devenu une nécessité sociale : une bourgeoisie appelée du jour au lendemain à remplir des charges élevées doit se meubler rapidement sans le secours d’un mobilier ancestral acquis par héritage. On n’a plus le temps de commander à un artisan un meuble unique et soigné ; on est contraint de choisir son mobilier dans un de ces vastes magasins spécialisés qui commencent à exister à Paris vers cette époque. De telles entreprises offrent naturellement à leur clientèle des pièces fabriquées en série l’apparition des machines outils a seule rendu possible cette fabrication rapide de pièces identiques.

La mise en vente de meubles de série est encouragée par les préoccupations politiques de l’heure l’égalité des citoyens est un problème d’actualité ; il faut pouvoir mettre à la portée du plus grand nombre des meubles de belle apparence jadis réservés à une classe privilégiée. Pourtant, série ne veut pas encore dire qualité inférieure : les bois sont toujours choisis avec soin et compétence. Si l’artisan utilise la machine pour découper placage, marqueterie, incrustation, le collage et la finition se font toujours à la main et avec autant d’habileté ; techniquement, les résultats ne sont pas inférieurs à ceux obtenus sous l’Ancien Régime. Il n’en est pas de même pour la sculpture décorative le travail de la machine donne aux contours une sécheresse qui avait toujours été évitée par les procédés manuels. Ce défaut encore peu sensible sous Louis Philippe, où l’artisan corrige les imperfections de la machine, sera bien plus apparent sous le Second Empire et la IIIe République.

Il existe encore de 1830 à 1848 un grand nombre d’artisans qui, depuis leur enfance, fabriquent des meubles sans le secours des machines. Si, pour rivaliser de vitesse avec ceux qui utilisent les procédés nouveaux ils sont contraints, pour subsister, eux aussi, de se faire aider par les machines, ils n’ont pas perdu tout sentiment artistique ; leur rôle n’est pas encore réduit à celui de l’ouvrier qui bientôt assemblera des morceaux de bois travaillés par la machine et qui ne devra ni ne pourra modifier selon son tempérament aucune partie de l’oeuvre. Les conditions de travail changent cependant à tel point que d’excellents ébénistes découragés par les méthodes nouvelles préfèrent abandonner le métier. Alphonse Jacob Des malter renonce à l’ébénisterie en 1849. Puisque la machine enlève à l’artisan une grande partie de son initiative, il faut faire appel à des dessinateurs pour créer des modèles qui puissent être exécutés rapidement en série. L’originalité commence à manquer ; pour les meubles usuels, on se contente le plus souvent de recopier les formes de l’époque précédente. Mais aucune ligne de conduite bien nette n’avait été adoptée depuis 1815 ; mille tendances s’affrontent, se succèdent, se remplacent. Le manque de souffle a comme première conséquence le retour aux styles du passé. Le règne des antiquaires commence et ajoute à l’indescriptible confusion dans laquelle se débat l’art ornemental. Parmi les architectes, les décorateurs, aucun chef de file ne s’impose pour endiguer tous ces courants aussi contraires que passagers.

Désormais, au lieu d’adapter les formes aux usages et aux convenances, on meuble les différentes pièces de sa maison comme les salles d’un musée, selon l’engouement du moment. Mais comme les connaissances archéologiques sont minces et que les nécessités économiques contraignent à une fabrication de série et bon marché, la copie n’est qu’un pâle reflet du modèle ancien. Bien heureusement cette méthode artificielle et arbitraire de se meubler n’est pas générale. Elle est réservée à une très petite partie de la haute société, mais elle n’est pas sans influencer le mobilier courant.