Glacis à l’huile

Naguère utilisés par les décorateurs pour obtenir des effets spéciaux (stries, chiffon et chiffon roulé), les glacis à l’huile sont aujourd’hui remplacés par les peintures à l’eau à cause de leur nocivité lorsqu’ils sont employés pendant une longue période et dans un espace confiné. Ce n’est pas l’huile mais le solvant ou le white spirit qui sont dangereux. Cela ne signifie pas que les décorateurs amateurs qui utilisent ces produits mettent leur vie en danger, bien qu’il soit préférable d’ouvrir la fenêtre lorsqu’on travaille.

Cela dit, les glacis à l’huile permettent d’obtenir immédiatement des effets à la fois précis et subtils. Leur temps de séchage est long (parfois de plusieurs semaines) mais, une fois durcie, la peinture est résistante et durable. Cependant, l’huile fait foncer et jaunir la peinture ; inconvénient mineur lorsque cela convient aux teintes choisies, ce défaut altère les couleurs claires, telles que le bleu pastel ou le rose.

On trouve trois recettes de glacis à l’huile. Celle pour débutants comprend du gel, ou médium de glaçage tout prêt, celle pour professionnels n’en comprend pratiquement pas, mais en revanche une grande quantité de sous couche à l’huile standard. Cette recette est difficile à utiliser car la composition sèche plus vite, en fonction de facteurs tels que l’épaisseur des murs, la température ambiante, la saison. Si vous réussissez à l’employer (faites un essai sur une planche avant de vous attaquer aux murs), vous observerez un résultat plein d’élégance, impossible à obtenir avec le glacis tout prêt, généralement criard. La troisième recette, à réaliser vous même sans médium de glaçage, est d’utilisation facile. Les ingrédients qui la composent sont bon marché. Préparez les trois recettes en petite quantité et testez les sur des planches peintes.

La base idéale pour tout type de glacis est une peinture à l’huile satinée coquille d’oeuf sur une couche d’apprêt. Les décorateurs professionnels passent généralement deux sous couches ou encore une sous couche recouverte d’un mélange à parts égales de peinture coquille d’oeuf et de sous couche. La peinture coquille d’oeuf est très peu absorbante et permet de travailler le glacis plus longtemps avant qu’il ne devienne trop sec, auquel cas il laissera des marques. Si le cas se présente, vous pouvez tamponner du white spirit sur la tache pour « réactiver » le glacis. Toutefois, il vaut mieux prévenir que guérir. Travaillez si possible à deux et répartissez vous le travail l’un applique le glacis et l’autre réalise aussitôt les effets de matière au chiffon, à la brosse ou tout autre instrument. Ces opérations sont assez laborieuses et impliquent de multiples cavalcades sur l’escabeau, mais, bien organisé, ce travail peut s’exécuter rapidement et avec plaisir. Ne vous arrêtez jamais au milieu d’un mur, quoi qu’il arrive, mais dans un angle, ou au bord des huisseries.

Un glacis teinté soi même donne des couleurs plus intéressantes qu’un produit tout prêt, au demeurant plus cher, ou qu’un glacis teinté par un professionnel, bien que ces deux solutions soient possibles. Les peintres utilisent de la peinture à l’huile pour artiste ou des colorants universels pour teinter leurs glacis. Commencez par mélanger une petite quantité de couleur, en employant seulement des pigments dans du solvant, afin de définir vos couleurs et les dosages approximatifs. Puis ajoutez petit à petit au glacis le colorant dissout dans du solvant. Mélangez bien et testez au fur et à mesure. Les couleurs humides n’ont pas le même aspect que la peinture sèche, aussi utilisez un sèche cheveux pour accélérer le séchage et juger du résultat.

Vous pouvez aussi bien trouver la nuance souhaitée en dix minutes que tâtonner une journée entière. Les professionnels comptent environ une demi journée pour mélanger leurs couleurs. En règle générale, il vaut mieux éviter le noir pour assourdir ou foncer un ton ; la terre de Sienne naturelle convient mieux et peut être employée avec presque toutes les teintes. Mélanger deux couleurs complémentaires, comme le vert et le rouge vifs par exemple, permet également d’obtenir un résultat plus délicat.

Une fois votre choix arrêté, et les tâches partagées, le peintre I (celui qui applique le glacis) commence dans le coin supérieur gauche du mur. Il doit couvrir un pan d’environ 50 centimètres de large (c’est la distance entre le coude et le bout des doigts) en partant du plafond ou de la corniche pour s’arrêter à la plinthe. Le peintre 2 monte alors sur l’escabeau et commence à travailler le glacis humide au chiffon et â la brosse, de haut en bas. Ne vous inquiétez pas si vous débordez sur le plafond ou sur la plinthe, vous pourrez toujours nettoyer ou repeindre ces traces plus tard. En revanche, prenez garde aux surépaisseurs qui s’accumulent en haut et en bas des murs, surtout si vous employez la technique des stries, que je déconseille aux débutants. Celle du chiffon est beaucoup plus facile à maîtriser.

Pendant que le deuxième peintre joue le rôle artistique, le premier peintre applique une deuxième bande de glacis chevauchant légèrement la première. Là aussi, le problème des surépaisseurs peut survenir, et le bord humide s’effacer, d’où la nécessité d’une équipe rapide et efficace disposant, si possible, de deux escabeaux ou, à défaut, d’un escabeau et d’un tabouret. Et l’on procède ainsi, de gauche à droite, jusqu’à ce que tous les murs soient couverts.

Le glacis â l’huile est généralement travaillé au chiffon, au chiffon roulé ou encore en stries. De près, ces techniques présentent des effets assez différents. À distance, on perçoit une vibration subtile de la couleur.

Chiffon

Utilisez un tissu doux qui ne peluche pas et bouchonnez le en « cour de laitue ». Tamponnez rapidement et légèrement le glacis humide, en variant l’angle de votre poignet, et en reprenant en main le chiffon de temps à autre pour éviter la monotonie. Ne travaillez pas de façon rectiligne, essayez au contraire d’imprimer des dessins irréguliers, vaporeux et moirés, dans toutes les directions. Ne laissez pas non plus de trous qui détonneraient une fois la pièce terminée. Changez de chiffon lorsque le glacis qui l’imprègne durcit. On peut remplacer le chiffon par de la peau de chamois ou de mouton, de la gaze, de la mousseline ou encore des sacs en plastique, pour obtenir des textures originales. Pour ma part, je préfère de loin un morceau de vieux drap.

Chiffon roulé

Pour cette technique, il vous faut un morceau de tissu plus large (d’environ 30 centimètres) que vous tordrez, sans le serrer, en forme de boudin. Vous pouvez travailler de haut en bas ou de bas en haut, à votre gré. Le chiffon roulé laisse de larges formes veinées. Faites se chevaucher sur un centimètre environ le deuxième pan et le premier pour éviter de former un décor à bandes visibles. Cette méthode crée une « houle », dont l’effet est plus marqué qu’avec le chiffon en boule, ce qui vous conviendra peut être.

Stries

La technique des stries consiste à laisser des traînées de brosse, ce qui est facile sur un meuble mais beaucoup moins sur un mur de 2,70 mètres, lorsque l’on doit « tirer » la brosse sans trembler et d’un mouvement ininterrompu. Il faut de la pratique et une main spire. Employez une brosse à encoller, plutôt qu’une queue de morue, pour peindre sur une plus grande largeur. Les murs striés sont très raffinés, notamment en deux couleurs (stries foncées sur fond bleu clair, rouges sur chamois, etc.).

Pochage

Facile mais fastidieuse, cette technique permet de faire disparaître les traces de pinceau et de diviser le glacis encore humide en minuscules points de couleur. Les professionnels pochent les couches de glacis les unes après les autres pour obtenir une couleur profonde et un effet de laque lorsque la régularité et l’absence de traces de pinceau importent tout particulièrement. En ce qui me concerne, j’utilise le pochage sur le mobilier parce que c’est une méthode rapide (une balayette de peintre est idéale). Pour les murs, vous devez employer une brosse à pocher véritable, qui est onéreuse.

Remarque

Essuyez le glacis au chiffon imbibé de solvant sur les plinthes, les chambranles, etc., au fur et à mesure. Repassez les taches de couleur sur les corniches et le plafond avec la peinture de ces surfaces. En toute rigueur, les corniches devraient être de la même couleur que les murs plutôt que de la couleur du plafond. Vernissez si nécessaire sur les portes de placards assorties aux murs, les lambris, les murs de salle de bains et de cuisine. Utilisez du vernis alkyde mat non jaunissant ou brillant pour un effet de laque, en sachant que le résultat recherché est celui d’une matière parfaitement lisse.