C’est dans ce domaine que l’ingéniosité des ébénistes apparaît le plus clairement. Une vraie débauche de sièges de toute facture envahit les intérieurs. Les modèles anciens sont à peine reconnaissables, car les roulettes, le capiton et l’adjonction de passementerie se généralisent. On fait appel à toutes les essences de bois ; mais ce n’est encore pas suffisant ; le fer, la fonte peinte, l’osier, le carton bouilli, entrent aussi dans la fabrication d’un grand nombre de sièges.
L’imitation des sièges anciens produit des chaises de style Henri II en noyer ciré à dossier droit, abondamment sculpté ou recouvert de cuir. Les roulettes ne sont pas oubliées pour terminer les piètements. Le type de siège le plus répandu est celui qui s’inspire des chaises dites « à la reine ». Montants et traverses sont chantournés et moulurés ; les pieds antérieurs sont galbés et terminés par des sabots. Les pieds postérieurs en forme de S se prolongent au dessus de la ceinture pour former le dossier ; une traverse en anse de panier couronne l’ensemble ; des roulettes de métal sont ajustées à chacun des pieds.
Pour les fauteuils, les supports d’accotoirs sont en retrait ; cette disposition convient en effet aussi bien aux crinolines Napoléon III qu’aux paniers du temps de Louis XV.
L’imitation du Louis XVI sévit surtout à la fin du règne. C’est un Louis XVI amolli comme peut en témoigner la copie par Jeanselme d’un fauteuil créé en 1774 par Foliot. C’est à vrai dire un compromis entre le Louis XV et le Louis XVI. Le fauteuil Voltaire se recommande aux contemporains de Napoléon III pour son confort. Sa fabrication continue donc sous le Second Empire. Il en est de même pour tous les sièges qui adoptent la forme gondole.
Les styles de chaises sont multiples et s’évadent souvent de l’imitation d’un style précis. Telles sont les chaises en osier ou en bambou, ou bien encore en bois imitant le bambou dont la facture est commandée par le matériau mis en oeuvre. L’imitation des cordes tressées et des noeuds de bois donnent naissance à des tabourets et des chaises d’une grande originalité. D’autres chaises aux piètements extrêmement fragiles, aux dossiers ajourés (fines colonnettes, traverses, médaillon), fabriquées soit en bois noir avec incrustation de nacre, soit en carton bouilli, soit en bois doré, ne peuvent se réclamer ni du Louis XV ni du Louis XVI.