Les sièges confortables sont le triomphe non des ébénistes mais des tapissiers. On peut dire que l’époque Second Empire est caractérisée par ces sièges entièrement recouverts d’étoffe, capitonnés, « juponnés ».
Le crapaud, petit fauteuil bas et trapu, était à l’époque précédente. Sa brillante carrière se continue et les étoffes les plus chatoyantes l’habillent. Les canapés munis de franges de passementerie, submergés de coussins s’installent dans tous les salons cossus. Les poufs, sièges bas, ronds, dépourvus de dossier, faisant pendre leurs franges jusqu’à terre, se rencontrent dans toutes les pièces. Quand le pouf prend des dimensions excessives, il est pourvu d’un dossier central rond. C’est alors une sorte de divan appelé borne. Certains modèles peuvent se diviser en deux parties et s’adosser aux murs quand on juge leur présence encombrante au centre de la pièce. Le confident est un pouf rectangulaire qu’un dossier bas, en S, partage en deux places. Il existe même des indiscrets dont le dossier en forme d’hélice permet à trois personnes de s’asseoir simultanément.
Les lits sont presque toujours de style hybride. Ils doivent en général beaucoup à la Renaissance française mais les autres styles ne sont pas oubliés. A cet égard, le lit de l’impératrice Eugénie à Saint Cloud est un excellent exemple de meuble composite. Le Louis XV a inspiré certaines structures (les dossiers), certains décors (sculpture et ornement du toit et des dossiers) mais le Louis XVI se retrouve dans les fines colonnettes cannelées et rudentées, dans les dés de raccordement, dans les cannelures. L’époque Napoléon III a ajouté les franges, les glands et le capiton des dossiers.
Le sentiment confus que les artistes du Second Empire ont failli à leur mission n’a fait qu’accroître le mauvais renom du mobilier Napoléon III. En continuant à égarer le meuble dans la voie désastreuse du pastiche, ils ont reculé l’éclosion d’un nouveau style. Il était d’autant plus difficile aux successeurs de faire du neuf que vingt ans de copie industrielle avaient tué chez le grand public le goût de la nouveauté. Les artistes qui, vers 1880, se sont attaqués au problème de rénovation du mobilier ont en général porté un jugement sévère sur l’oeuvre du Second Empire. Telle est par exemple l’opinion d’Emile Gallé « Les hommes de ma génération se trouvaient très embarrassés quand ils ont débuté. On faisait bien de l’ait décoratif, on fabriquait même de très savants meubles en France et le Monde illustré, le Magasin pittoresque nous en ont laissé des images. Elles montrent qu’on ne savait guère chez nous que répéter les thèmes du passé. Plusieurs même, il faut le dire, férus de Renaissance, oubliaient non seulement d’être modernes, mais encore d’être Français. L’Italie leur était si séduisante !
D’autres vivaient au Musée de Cluny. Il y avait un mobilier clunisien... comme il y avait jadis eu, mais avec plus de raison je pense, une architecture clunisienne. »
Tout n’est cependant pas condamnable dans le mobilier Napoléon III. Les luxueux ensembles créés aux Tuileries et à Saint Cloud par l’impératrice Eugénie, ne devaient pas être sans charme. Mais les meubles mal étudiés, mal construits, fabriqués en très grande série, hâtivement décorés qui ont peuplé les demeures des petits bourgeois trente ans encore après la fin du Second Empire, ont jeté le discrédit sur ce mobilier et en ont fait oublier les mérites certains.