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 Cabinet d’estampes

Il faut une certaine imagination pour réaliser que les estampes noir et blanc, les gravures à l’eau forte, les gravures sur bois et, plus tard, les mezzo tinto, étaient jadis ce que les photographies sont aujourd’hui pour nous. Dans certains cas, elles représentaient les paysages ou les monuments que les jeunes gens visitaient lors de leurs voyages. D’autres reproduisaient des tableaux célèbres. Vers le milieu du XVIIIe siècle, il était en vogue de coller une collection sur les murs d’une pièce pour en faire un cabinet d’estampes et de les relier avec des guirlandes, des colonnes, des urnes et autres ornements néoclassiques, créant des compositions élégantes qui comblaient les cimaises. Le jaune pâle était alors très employé sur les murs ainsi ornés car il mettait les œuvres en valeur.

Les cabinets d’estampes sont indéniablement décoratifs, qualité qui a entraîné, ces dernières années, leur regain. Certains décorateurs, notamment aux États Unis, sont aujourd’hui spécialisés dans les cabinets d’estampes. Il semble qu’ils utilisent de véritables gravures anciennes et demandent des prix exorbitants pour la création d’une seule pièce.

Je doute qu’il soit nécessaire d’utiliser aujourd’hui des œuvres originales, à la manière du XVIIIe siècle. De nos jours, la photocopie étant un moyen simple et bon marché de reproduire des images en noir et blanc, il me semble que c’est là la meilleure solution pour créer un cabinet d’estampes. En outre, la plupart des bibliothèques proposent des ouvrages reproduisant des gravures anciennes, et sont équipées de photocopieuses. Enfin, les petites estampes peuvent être agrandies, même si elles perdent ainsi une certaine finesse de trait. Une fois réuni un ensemble de reproductions de qualité, agrandissez les si nécessaire puis photocopiez les sur du papier de 100 g/m2, plus facile à coller et à vernir que le papier standard de 80 grammes. Le papier à photocopie standard est trop blanc pour que la reproduction soit parfaite ; préférez lui un papier au ton de parchemin. Dans les anciens cabinets d’estampes, les gravures étaient bordées d’un cadre imprimé en noir et blanc, reproduisant généralement un modèle classique de rinceaux, par exemple. Ces ornements sont élégants et permettent de lier les gravures entre elles. Vous pourrez trouver ces encadrements dans les magasins d’art ou encore les confectionner vous même à partir de papier peint noir et blanc.

Un cabinet d’estampes peut donner du caractère à une petite entrée ou à un palier. Plus la pièce sera petite, moins vous aurez de gravures à coller. Vous pouvez aussi en orner un paravent. La plupart des couleurs de fond conviennent aux estampes : rouge mat, ocre jaune, ponceau ou même noir. Le papier kraft s’accordera également à ce décor. Les murs d’un cabinet d’estampes doivent rester unis, car l’effet tient ici aux gravures et à leur disposition (voir illustration). La symétrie de la composition est importante : les cadres ronds ou ovales, les aiguières ou les urnes, les festons, etc., permettent de varier l’arrangement et constituent des ornements en eux mêmes.

Il peut être utile de fixer provisoirement les gravures, par exemple avec du ruban adhésif repositionnable, avant de les mettre définitivement en place. Lorsque vous êtes satisfait de la présentation, vous pouvez alors les poser avec de la colle à papier peint, en les appliquant délicatement des deux mains à l’aide d’un chiffon propre. Évitez de les frotter lorsqu’elles sont humides car vous risqueriez d’en déteindre l’encre. Placez les cadres, en veillant à ce que les coins soient bien d’équerre, puis les ornements. Une fois le décor sec, vernissez à la gomme arabique, additionnée d’une pointe de gouache terre de Sienne naturelle ou terre d’ombre naturelle pour donner une touche d’ancien à vos gravures.