En termes économiques, le mobilier en chêne massif datant des aimées trente est la meilleure acquisition possible. L’appellation « chêne massif » couvre un large éventail de styles, les plus notables s’étendant de la Renaissance tardive au début du XVII siècle, caractérisés par les cabinets, les buffets, les pieds de tables et de chaises tournés, les hauts dossiers sculptés. Mais vous trouverez aussi des pièces de style Arts and Crafts, Louis Philippe et 1900, et des meubles plus fonctionnels produits après guerre. Malgré leur facture robuste, les meubles en chêne massif demeurent sous évalués car ils paraissent saris âge, balourds et toujours démodés.
La solution consiste à les « céruser », comme on le fait pour le frêne et le châtaignier. Ce traitement rend le bois méconnaissable : il s’éclaircit, son veinage apparent prend un aspect sophistiqué qui s’accorde aux intérieurs actuels. Si je mets le terme « céruser » entre guillemets, c’est parce que le blanc de céruse originel, à base de plomb, est un poison violent, tandis que la pâte additionnée de pigment blanc utilisée actuellement donne les mêmes résultats sans effet toxique. Le cénisage est une opération fatigante, surtout si vous traitez un meuble de grande taille, et qui gâche une grande quantité de produit. Aussi, je vous conseille vivement de travailler dehors, sur une bâche. Protégez vos cheveux et portez de vieux vêtements, sinon vous risquez d’être aussi blanc que si vous vous sortiez d’un sac de farine.
La plupart des meubles anciens en chêne (il va de soi qu’il serait sacrilège de céruser une antiquité de chêne) sont vernis à la gomme laque (ou vernis à l’alcool). Pour dissoudre celle ci, brossez de l’alcool à brûler sur la surface, laissez reposer quelques minutes puis frottez avec de la laine d’acier. Si votre tampon de laine s’imprègne de crasse brune, le meuble est bien couvert de vernis à l’alcool. Poursuivez jusqu’à ce que le meuble soit uniformément pâle et propre, sans taches sombres. Vous aurez peut être besoin d’un outil pointu pour désencrasser les creux des moulures. Si l’alcool à brûler est inefficace, utilisez du décapant à vernis, appliqué de la même manière.
L’étape suivante, que vous choisissiez de teinter votre meuble ou non, consiste à le gratter avec une brosse métallique douce. Une brosse dure attaquerait le bois. Pour nettoyer les fibres en profondeur, il faut les amollir à l’eau froide, au fur et à mesure que l’on frotte. Continuez cette opération fastidieuse jusqu’à ce que le meuble soit parfaitement décrassé, faute de quoi le cérusage ne produira pas tout son effet : vous obtiendrez un blanc délavé au lieu d’un beau veinage. Nettoyez la brosse régulièrement ou changez la si le meuble est grand. J’en ai utilisé trois pour une bibliothèque.
Matériel nécessaire pour céruser le bois : des queue de morue, de la laine d’acier, des gants en caoutchouc, et une petite brosse métallique.
Après ce nettoyage à fond, le cérusage donnera à votre meuble une teinte fraîche et argentée. Une autre solution, convenant mieux à certains meubles ou intérieurs, consiste à teinter le bois avant de le céruser. Le bleu foncé, le vert foncé et le noir sont des teintes assez soutenues pour masquer la couleur naturelle du bois. Une fois cérusées, les couleurs s’éclaircissent : le bleu et le vert donnent des tons pastel tandis que le noir devient gris souris.
Nous avons utilisé les Woodwash, qui sont de puissants colorants, mais vous pouvez choisir des teintures pour bois. Vous trouverez l’enduit à céruser chez un fournisseur de matériel d’art et d’artisanat.
Il vous faut deux rouleaux de laine d’acier (moyenne et fine). Il vaut mieux acheter des rouleaux entiers car la laine d’acier est toujours utile. Prévoyez aussi une brosse et un pinceau standard, de l’alcool à brûler ou du décapant, des gants en caoutchouc et une bâche en plastique. Pour protéger le cérusage, employez de la gomme laque blanche, disponible dans les magasins spécialisés (voir Fournisseurs page 202). Utilisez une brosse à vernir douce pour l’appliquer. Nettoyez la à l’alcool à brûler après emploi pour la réutiliser ensuite au vernissage.
Si vous souhaitez teinter le bois, faites le maintenant. Diluez une dose de Woodwash dans deux doses d’eau. Suivez le mode d’emploi pour les autres teintures. Laissez sécher complètement. Le meuble paraîtra sombre mais ne vous affolez pas, tout va s’arranger. Lorsque le colorant est sec, étendez le blanc à céruser à la brosse en le faisant bien pénétrer dans le bois (le meuble paraîtra couvert de sucre glace). Laissez sécher puis commencez à frotter ce « glaçage » dans le sens du fil, avec des tampons de laine d’acier tout d’abord moyenne puis fine. Le blanc à céruser va se répandre partout autour de vous mais le résultat sera gratifiant le bois va refaire surface tandis que le blanc aura imprégné les veines. Ne frottez pas trop le bois teinté sinon vous risquez d’effacer la teinture et de faire réapparaître la couleur naturelle du bois.
Cette opération achevée, essuyez le meuble avec un chiffon humide. Versez de la gomme laque blanche dans un pot et diluez la d’un peu d’alcool à brûler. Mélangez puis appliquez rapidement et légèrement à la brosse sur les surfaces cérusées. La laque sèche en une heure et garde un aspect satiné. Si vous disposez le meuble dans un lieu protégé et souhaitez une finition mate, passez sur la laque une couche de vernis alkyde mat légèrement dilué et vigoureusement mélangé. Mon bureau de chêne teinté et cérusé a survécu presque trois ans à une utilisation intensive.
Remarque Certains préfèrent utiliser de la cire céruser, imprégnée de pigment blanc, plus facile à appliquer. Mais elle a pour défaut de laisser la surface légèrement grasse et fait ressortir la couleur jaune roux du chêne ciré. La méthode décrite a pour but de supprimer cette couleur. Si vous optez pour la facilité, vous trouverez cette cire chez un spécialiste.