Moyen Âge : Meuble Français

L’art du meuble se développe très tardivement en France. Alors que la France est déjà couverte de cathédrales, que les imagiers ont peuplé portails et chapiteaux d’une foule vivante et expressive, que les enlumineurs ont somptueusement décoré une multitude de manuscrits, l’art du bois n’a encore rien créé d’original.

Architecture, sculpture, peinture les arts majeurs sont à presque toutes les époques en avance sur les arts décoratifs. Nous aurons l’occasion de vérifier plusieurs fois cette loi, mais ici, les causes sont à la fois plus nombreuses et plus complexes.

L’histoire du mobilier est liée au développement social d’un pays. Un certain stade de civilisation, une certaine sécurité sont nécessaires pour créer un climat favorable à l’épanouissement de cet art éminemment social. Comment, en effet, le seigneur du Moyen Age, si riche soit il, pourrait il utiliser un mobilier volumineux et fragile ? A la moindre alerte, il doit changer de résidence et faire charger hâtivement sur les chariots tout ce qu’il possède. Des meubles ornés de marqueteries délicates supportés par des pieds élégants et frêles n’auraient pu ni subir les intempéries, ni résister aux heurts occasionnés par de fréquents déménagements. Ainsi s’explique que le seul meuble vraiment usuel au Moyen Age soit le coffre.

Une autre raison de ce lent développement est peut être aussi l’utilité individuelle du mobilier. Quand on bâtit une cathédrale, on fait oeuvre collective : riches et pauvres apportent leur concours pour construire la maison de Dieu ; tous jouiront de cette oeuvre grandiose. Mais une pièce de mobilier, si somptueuse soit elle, ne peut servir qu’à un seul individu ou tout au plus à une communauté très réduite qui, dans la majorité des cas, n’excède pas le cadre familial.

Enfin, pour que l’artiste soit encouragé à créer, pour qu’il cherche à perfectionner son art, il lui faut trouver une clientèle. Les acheteurs sont rares au Moyen Age. Il faut être déjà un bien puissant seigneur pour se meubler. La majorité de la population vit sans meubles. Ce fait n’est pas tellement surprenant si l’on songe qu’à l’époque actuelle, dans des pays moins évolués que le nôtre ou simplement dans le fond des campagnes françaises, l’absence du mobilier est encore la règle générale.

Instabilité sociale, utilité individuelle, absence de clientèle expliquent assez aisément que le nombre de meubles fabriqués au Moyen Age ait été assez réduit et que nous ayons beaucoup de mal à savoir exactement comment se meublaient nos ancêtres.

De plus, ces meubles ont disparu pour la plupart. Le bois est un des matériaux qui résiste le moins à l’injure du temps. L’eau, le feu, les transports ont eu vite raison des rares spécimens qui auraient pu nous parvenir. Encore faut il compter dans ce domaine avec la destruction systématique. Chaque époque dédaigne la production de l’âge précédent et préfère se meubler au goût du jour ; or, il est bien plus facile d’éliminer de sa demeure le vieux coffre ancestral pour le remplacer par un cabinet de marqueterie que de remplacer le portail gothique d’une église par une façade Renaissance.

Nous devons donc avouer que notre documentation est extrêmement fragmentaire et que, sauf quelques pièces exceptionnelles, conservées jalousement dans les musées et dont les plus anciennes ne remontent pas au delà du dernier quart du xne siècle, il ne reste aucun vestige pour étudier le mobilier français du haut Moyen Age.