A la fin du XVe siècle, la vie est devenue plus sédentaire, la classe moyenne s’est développée, les notions de confort et de bien être sont à l’ordre du jour. On commence à être las de l’éternel décor flamboyant et un vent de réforme et de découverte souffle sur toute l’Europe et dans tous les domaines. En Italie, depuis plus d’un siècle, écrivains, architectes, peintres, sculpteurs ont secoué le joug du vieux formulaire gothique pour s’élancer vers de nouvelles formes d’art ; le bouleversement artistique n’est pas totalement ignoré en France, mais il n’a à peu près aucune influence jusqu’au jour où la noblesse française se trouve soudainement mise en contact direct avec cette Italic du XVe siècle, si merveilleusement féconde. Charles VIII, abandonnant la sage politique de son père, entreprend la chimérique reconquête des possessions angevines en Italic et, au printemps 1495, descend jusqu’à Naples. Cette promenade militaire met sous les yeux des grands seigneurs français des demeures somptueuses, remplies de meubles luxueux et d’une infinité d’objets d’art. L’engouement est total, il commence par le pillage à peine déguisé puis, de retour au foyer, on médite la leçon et on essaie d’apprendre et d’imiter.
L’influence de l’Italie sur l’art français sera alors double. Non seulement la noblesse française a été convertie à une esthétique nouvelle, mais elle a appris, au contact des grandes familles italiennes, que le seigneur se doit de jouer un rôle d’animateur et de protecteur dans le domaine artistique. Ce ne sera pas seulement le roi, mais des grands seigneurs, tel un Georges d’Amboise, qui, mettant à profit les exemples d’outre monts, deviendront des mécènes et pousseront, par leur zèle enthousiaste, les artistes français et même étrangers à créer pour eux de fastueuses demeures. Ainsi est née une clientèle, qui a des exigences esthétiques nouvelles. Mais les évolutions sont lentes dans le domaine de l’art décoratif. L’artisan qui a revêtu ses meubles d’un décor ogival pendant des années, ne pourra pas du jour au lendemain changer sa technique malgré les modèles qui lui seront proposés. De plus, consciemment ou non, il est attaché à la tradition. Le renouveau, tout au moins dans le domaine du meuble ne sera absolu que lorsqu’une nouvelle génération d’artistes, née avec la Renaissance, sera arrivée à l’âge d’homme, c’est à dire sensiblement au milieu du siècle. On peut donc distinguer deux périodes successives dans la Renaissance française.
Sous Charles VIII, Louis XII et François 1er (1494-1547), l’artiste se contente de transcrire un décor nouveau sur des structures moyenâgeuses. La Renaissance se limite pour le mobilier à une interprétation assez libre du décor du quattrocento lombard.
Ce n’est que sous Henri II et ses successeurs (1547-1589), que s’affirme le génie créateur français. Les artistes s’emparent alors des formules nouvelles, les étudient, les adaptent. Aussi naît un style architectural où le sens de l’équilibre et de la mesure contrebalance les origines étrangères. Certaines oeuvres sont déjà toutes classiques, par un sens des justes proportions et par une élégance et une sobriété toutes nationales.