C’est seulement aux environs de 166o que commence à s’établir un style bien français. Depuis deux siècles la France faisait appel à l’étranger pour renouveler son répertoire décoratif. Au milieu du XVIIe siècle a lieu un renversement des courants artistiques. C’est la France qui devient le pays novateur, le creuset où viendront puiser pendant plusieurs siècles tous les autres pays. La France ne vivra cependant pas repliée sur elle même ; elle restera ouverte à toutes les influences, mais sa puissance créatrice, ses facultés d’assimilation seront telles qu’elle fera immédiatement siens tous les éléments empruntés aux autres pays, même les plus lointains comme la Chine ou le japon. Le rôle du roi dans la formation de l’art classique sera prépondérant. Depuis la Renaissance, le roi et la cour étaient avant tout pour les artistes des clients dont il fallait satisfaire les goûts et les fantaisies ; mais aucune idée directrice ne venait orienter ou coordonner les efforts individuels. A partir de 1661, il en sera tout autrement. Un souverain imbu d’idée de grandeur et de gloire, désire que soit créé pour lui et sa cour un cadre fastueux et solennel, propre à rehausser aux yeux du monde entier, le prestige du pouvoir royal. Le roi sera donc le principal artisan de la suprématie artistique de la France dans la seconde moitié du xvne siècle, et jamais appellation ne semblera aussi justifiée que celle de « style Louis XIV ».
La volonté d’un roi n’aurait pas été suffisante pour obtenird’artistes, travaillant isolément, la création d’ensembles parfaitement cohérents. La solution pratique du problème est due à Colbert. Dès 1662, le surintendant des bâtiments avait acheté sur les bords de la Bièvre l’hôtel des frères Gobelins, teinturiers en écarlate, et des terrains attenants. Il avait fait construire des bâtiments et réuni des artistes. En 1667, tout était prêt pour que le roi institue par un édit la manufacture royale des meubles de la couronne. Lebrun fut mis à la tête de cette vaste entreprise où s’élabora pendant près de trente ans l’art officiel, l’art classique. Le choix d’un tel artiste était des plus judicieux car depuis 1658, installé à Vaux le Vicomte, aux gages de Fouquet, Lebrun s’était initié à toutes les branches de l’art décoratif. Le rôle du premier peintre du roi sera double : d’une part administrer la manufacture et coordonner le travail des différents ateliers, d’autre part fournir toutes sortes de modèles aux sculpteurs, graveurs, orfèvres, tapissiers, « menuisiers en ébène et en bois »..., chargés de meubler les résidences royales. Jamais climat n fut plus favorable à la création artistique. Les besoins sont immenses ; il ne s’agit pas seulement de meubler le Louvre et Versailles mais encore Trianon, Fontainebleau, Saint Germain, Many. Le roi dépense sans compter ; c’est l’époque où on n’hésite pas à fabriquer des meubles en argent massif.
Pour la première fois, on se soucie de créer des ensembles. Les architectes, les maîtres ornemanistes ont un rôle de tout premier plan. Ils fournissent des projets non seulement pour les fenêtres, les portes, mais pour les plafonds, les cheminées, les bas reliefs, les torchères, les girandoles, les tentures, les meubles..., etc. La fécondité, l’activité, l’ascendant de Lebrun font de lui le principal créateur de l’art Louis quatorzième. Mais à côté de lui, de véritables dynasties d’artistes comme les Lepautre : Jean (1618-1682), Antoine (1621-1691) ; les Marot :Jean (1619 -1679), Daniel (1650-1712), Pierre (-1716) ; les Bérain Jean (1630-1711), Claude (1726 ), jean Ii (1674-1726), gravent sans relâche des compositions où devront puiser les artisans s’ils veulent que leur création puisse prendre place dans le décor général.