Avec le XVIIIe siècle, nous abordons l’âge d’or du mobilier français. Cette suprématie sera vite reconnue ; des souverains et des princes étrangers (Catherine II, l’Electeur de Bavière..., etc.), feront appel à l’ébénisterie parisienne pour meubler leurs châteaux ; des artisans étrangers viendront faire leur apprentissage dans nos ateliers (le Suédois G. Haupt) ; enfin attirés par un climat spécialement favorable, des ébénistes principalement allemands viendront se fixer à Paris et demanderont à la corporation des menuisiers ébénistes de leur accorder le titre de maître (les Allemands J. F. OEben 1761, Riesener 5768, Weisweiler 1778, le Scandinave P. H. Mewesen 1766, etc.).
L’art du meuble ne restera cependant pas statique pendant un siècle, bien au contraire. Le vieux souverain vieillit mélancoliquement dans son austère Versailles, et déjà sous l’impulsion d’une société nouvelle, l’art décoratif secoue le joug de la pesante ornementation Louis quatorzième. Insensiblement de 5700 à 5730, le décor s’allège, la ligne droite se change en ligne courbe, et vers 1730 1735 un nouveau style est né le style Louis XV, triomphe de l’asymétrie et de la ligne sinueuse. La période de stabilité ne sera pas de longue durée dès 1765 les germes d’une nouvelle évolution se glissent dans le décor et dans les formes. Vers 5775, les lignes sont redressées, le décor s’inspire à nouveau directement de l’antiquité. La période d’arrêt de 5775 à 1790 correspond à ce que nous appelons le style Louis XVI, bien que jamais souverain ne fut moins responsable d’un style que ce roi sans prestige. La Révolution, en balayant la royauté, prétend aussi rénover l’art décoratif. Pourtant, pas plus cette fois que les précédentes, il n’y a coupure. L’évolution est insensible de 1790 à 1804 et aucun style n’est plus difficile à saisir que le style directoire.
Ainsi deux périodes de stabilité relative 1735 1765 (style Louis XV), et 1775-1765 (style Louis XVI), sont encadrées par des périodes aux physionomies ondoyantes, qu’on désigne arbitrairement sous le nom de style Régence (1700-1735), style transitoire (1765-1775), style Directoire (1790-1804). Dates et dénominations sont difficiles à justifier pleinement en ce qui concerne les styles intermédiaires. Cependant il est nécessaire d’étudier une des phases les plus caractéristiques de ces périodes où l’art hésite entre deux formules, pour comprendre le passage d’un style à un autre. Encore devons nous ajouter que ces dates sont uniquement valables pour Paris. En province, on note un retard très sensible : le style Régence se prolonge jusqu’aux environs de 1750 ; le style Louis XVI est encore très en honneur au début du XIXe siècle.