Directoire et Empire

Les thèmes ornementaux utilisés sous l’Empire sont rarement neufs. Le Directoire avait mis à la mode un certain nombre de motifs puisés dans l’Antiquité. Percier et Fontaine, théoriciens austères, habitués à l’ordonnance majestueuse des monuments antiques ont discipliné, assagi les éléments de cette nouvelle grammaire ornementale. Au nom de la raison, de la mesure, de l’équilibre, ils ont coordonné les créations disparates de l’époque précédente, ils ont surtout utilisé avec plus de rigueur des motifs traités jusqu’alors avec une imagination peu cohérente. Comme toujours en art décoratif, ordre est synonyme d’appauvrissement.

Les attributs guerriers, déjà en vogue sous le Consulat, sont repris : couronnes de chêne, de laurier ou d’olivier, glaives, épées, boucliers, casques, arcs, flèches, carquois. Les animaux préférés restent le cygne qui figure dans les armes de Joséphine et l’aigle héraldique, symbole de la puissance impériale ; mais on trouve aussi lions, béliers, chevaux ailés ou aptères et tous les animaux chimériques (sphinx, dragons, etc.).

Les instruments de musique restent en faveur. La lyre est toujours utilisée aussi bien pour le piètement de certains meubles qu’en bronze d’applique ; mais on lui préfère quelquefois des instruments plus typiquement « antiques » tels que sistres, tubas, crotales...

Toutes les figures géométriques trouvent place pour entourer ou isoler des motifs anecdotiques : cercle, carré, ovale, losange , hexagone, octogone...

Plantes et fleurs sont les mêmes qu’à l’époque précédente laurier, olivier, chêne, palmier, nénuphar, lierre ; mais toutes ces plantes sont raidies par une stylisation trop poussée. Seules peut être, les guirlandes de pavots ou de feuilles de vigne ont une certaine vie. Le bric à bric décoratif cher aux antiquomanes subsiste : corne d’abondance, amphore, coupe plate, caducée, trident, foudre, thyrse...

La figure humaine se réfugie dans des divinités nues, drapées à l’antique victoire porteuse de palmes ou de couronnes, quelquefois montée sur un char triomphal, danseuses grecques aux écharpes flottantes, aux tuniques gonflées comme les voiles d’un navire... On hésite à appeler figures humaines ces bustes de femmes engainés qui trop souvent ornent les montants des meubles. Les monogrammes couronnés des souverains, des étoiles, des abeilles et quelquefois des papillons complètent ce répertoire.

Ce décor très monotone et impersonnel, sans fantaisie, est le plus souvent traité en bronze d’applique. La remarquable facture de ces bronzes compense dans une large mesure leur manque d’originalité. La sculpture en plein bois ne subsiste guère que sur les sièges. Elle se détache en relief accusé et son aspect est très proche de celui des bronzes.