Restauration des anciens meubles

Cette appellation recouvre une période qui s’étend de 1815 à 1850. En réalité, pour le meuble, il faut distinguer deux périodes successives. Sous les Bourbons, de 1815 à 1830, la facture du meuble est dominée par le souvenir de l’art napoléonien. Aucune des nombreuses et intéressantes recherches effectuées cependant par d’excellents ébénistes ne parviennent à établir un véritable style, nouveau et cohérent.

Sous Louis Philippe, la pesante influence de l’époque impériale s’estompe. La copie plus ou moins fidèle de tous les styles du gothique au Louis XVI donne naissance à des meubles hybrides dont quelques uns cependant seront des réussites. C’est en effet sous Louis Philippe que naît cette habitude de s’inspirer du mobilier des générations précédentes. Le pastiche connaîtra une vogue inouïe sous le Second Empire, mais ses débuts remontent aux environs de 1830.

Le rôle des dessinateurs

Le rôle des dessinateurs devient primordial ; à toutes les époques, les ébénistes se sont inspirés des ornemanistes ; mais à partir du moment où l’on demande au mobilier de faire revivre une époque révolue depuis plusieurs siècles, il est absolument nécessaire d’appuyer ses créations sur une documentation solide. Seuls les dessinateurs peuvent aller relever des modèles dans les vieilles demeures, dans les cabinets d’estampes, dans les archives, et tirer de leur oubli les formes et les décors du passé. Sous Louis Philippe et pendant les quinze premières années du Second Empire, on demande seulement à l’art des siècles précédents des thèmes d’inspiration, on ne songe encore nullement à la copie fidèle et servile. A cet égard la méthode du plus célèbre ornemaniste de l’époque, Aimé Chenavard, est caractéristique. Bien avant la publication de son nouveau recueil d’ornements (1833-1835), son influence fut très grande, et son talent apprécié. Dès 1830, il devient directeur artistique de la Manufacture royale de Sèvres ; L’Artiste, seule revue artistique valable de l’époque, lui demande des frontispices, comme à Tony Johannot, Célestin Nanteuil ou Clerget. Or, aux dires du comte de Laborde, Chenavard travaille comme un « frelon ». Il butine dans la grammaire ornementale de tous les pays et de toutes les époques des motifs qu’il entasse dans des compositions surchargées et confuses. Sous son crayon, aucun motif décoratif ne conserve son tracé et ses proportions véritables et authentiques. Une pléiade de dessinateurs, élèves ou non de Chenavard et dont les noms nous sont à peine parvenus, continuent à piller sans discrimination tous les documents qui leur tombent sous la main. On tire de l’oubli des ornements assyriens, chinois, égyptiens, grecs aussi bien que gothiques ou Louis XV. Les fabricants de meubles n’ont qu’à ouvrir un de ces trop nombreux albums pour affubler leurs meubles d’un décor tour à tour néo gothique ou néo égyptien (Suite).